Dans les montagnes verdoyantes du Fouta Djallon, en Guinée, un savoir-faire séculaire résiste au temps et à l’oubli. Aux côtés du mythique chapeau Pouto et du tissu Leppi, les chaussures traditionnelles en cuir incarnent une part essentielle de l’identité foutanienne. Pourtant, cet artisanat précieux est aujourd’hui en péril.
À Labé, Pita ou Dalaba, rares sont ceux qui détiennent encore les secrets de fabrication de ces chaussures au design unique. Daouda Sylla, quadragénaire passionné, est l’un des derniers à perpétuer cet héritage transmis de génération en génération. Issu d’une lignée de cordonniers, il travaille le cuir comme ses ancêtres avant lui. « C’est de la peau de vache séchée et nettoyée qui a servi à fabriquer ce talon. Et la corde en haut, c’est de la peau de chèvre. Mon grand-père chaussait les chefs de canton. Mon père a vu ses modèles voyager à travers la région. Aujourd’hui, je me bats pour que cette tradition ne disparaisse pas », explique-t-il avec fierté.
Autrefois, les villes de Mali, Popodara ou Hindeya étaient des bastions de cet artisanat. Aujourd’hui, seuls quelques ateliers subsistent, confrontés à l’oubli et à la précarité. La demande, elle, demeure vivace : « Ce n’est pas que les gens ne veulent pas acheter, c’est qu’ils n’en ont pas les moyens », souligne Boubacar Tounkara, lui aussi cordonnier. Entre 35 000 et 100 000 francs guinéens la paire, les chaussures traditionnelles sont parfois inaccessibles pour des ménages aux revenus modestes. Et les matériaux, eux, deviennent rares et coûteux : « Cette simple feuille de plastique coûte 200 000 francs. »
Dans son modeste atelier installé entre deux étals de tissus, Daouda Sylla continue de façonner chaque paire à la main, dans un silence ponctué du cliquetis des outils. Le geste est précis, lent, presque rituel. Chaque soulier est une œuvre d’art, empreinte de mémoire et d’identité.
Pour sauvegarder ce patrimoine, les artisans du Fouta Djallon appellent à l’aide. Ils réclament l’accès à des machines modernes, à des matières premières subventionnées, et surtout, à des formations professionnelles pour initier les jeunes. Car sans transmission, c’est tout un pan de la culture guinéenne qui risque de s’éteindre.
La Redaction

