Burkina Faso, 17 mai 2025. Quarante-deux ans après son arrestation, le Burkina Faso s’apprête à inaugurer ce samedi 17 mai un mausolée en hommage à Thomas Sankara et à ses douze compagnons, sur le lieu même de leur assassinat. Ce n’est pas seulement une structure de pierre qui se dresse à Ouagadougou, dans la cour du Conseil de l’Entente. C’est la mémoire d’un peuple qui se redresse, le refus de l’amnésie, et la réhabilitation d’un rêve brisé.
Une date, une rupture
Le 17 mai 1983. Thomas Sankara, alors Premier ministre du Conseil de salut du peuple (CSP), est arrêté. Une arrestation qui marque un tournant. Le peuple burkinabè, dans un sursaut d’instinct, comprend que cet homme incarne bien plus qu’un poste gouvernemental : il porte leur dignité. Quelques mois plus tard, le 4 août, la révolution prend corps. Le Conseil national de la révolution (CNR) naît de cette colère populaire. À sa tête, un capitaine de 33 ans que rien ne détournera de sa promesse faite aux masses : justice sociale, souveraineté populaire, intégrité absolue.
Le mausolée : une pierre vivante
Le mausolée inauguré ce 17 mai n’est ni un tombeau ni une relique. Il est seuil. Pont entre l’histoire figée et la mémoire agissante. Il est bâti là où le 15 octobre 1987, Sankara et ses compagnons ont été assassinés. Longtemps, leurs dépouilles reposaient à Dagnoen, comme une vérité cachée. Désormais, leur souvenir est restitué au cœur même de l’espace public, là où tout a été tenté pour faire taire leur message. Mais l’intégrité ne meurt pas : elle sommeille.
Sankara, le vivant
Dans un Burkina Faso confronté à l’insécurité, à la lutte contre le terrorisme et à la reconstruction d’un État, la voix de Sankara résonne encore avec force. Il dénonçait les dettes imposées comme chaînes modernes, appelait à l’unité africaine fondée sur les peuples et non les palais, prônait un panafricanisme actif, une politique enracinée et affranchie. Ces paroles ne relèvent plus du passé : elles s’imposent comme boussole.
« Nous devons accepter de vivre Africains. C’est la seule façon de vivre libres et dignes. »
Cette sentence, hier jugée trop radicale, est aujourd’hui revendiquée comme feuille de route. Le président Ibrahim Traoré, lui-même chantre d’une souveraineté restaurée, s’inscrit dans cette continuité. Le Burkina, désormais, veut marcher debout.
Une mémoire active
Mais que deviendra ce lieu ? Pas un sanctuaire figé. Le mausolée Sankara est appelé à devenir une école de vigilance, un repère éthique, un catalyseur de conscience. Il doit interroger les gouvernants et les citoyens : que faisons-nous, aujourd’hui, qui honore leur sacrifice ?
Car Sankara n’est pas mort replié. Il est tombé en avançant. Et chaque 17 mai, désormais, les Burkinabè devront se tenir face à ce bronze immobile qui les regarde, et répondre :
« Sommes-nous encore fidèles à ta parole ? »
La Rédaction

