Dans l’enfer du conflit soudanais, les corps des femmes deviennent des champs de bataille. Depuis le 15 avril 2023, la guerre entre les Forces de soutien rapide (RSF) et l’armée régulière a plongé le pays dans un chaos sanglant, faisant des dizaines de milliers de morts et provoquant le déplacement de plus de 13 millions de personnes. Mais dans l’ombre des combats, un autre crime se répand : l’arme du viol utilisée à grande échelle.
Mercredi 14 mai, un groupe de neuf experts indépendants des Nations unies a lancé une alerte grave. Selon eux, les femmes et les filles soudanaises subissent des violences sexuelles « généralisées et systématiques », allant des viols collectifs à l’esclavage sexuel, jusqu’aux assassinats. Ces atrocités seraient principalement perpétrées par les RSF, particulièrement dans les zones qu’elles contrôlent, y compris dans les camps de déplacés.
Une stratégie de terreur
Dans un communiqué glaçant, les experts ont parlé d’« une campagne brutale et méthodique contre les plus vulnérables ». « Les violences sexuelles continuent d’être utilisées de manière systématique comme arme de guerre », ont-ils affirmé, soulignant une escalade alarmante.
Depuis le début de l’année, au moins 330 cas de violences sexuelles ont été documentés. Ce chiffre, précisent les rapporteurs, est très probablement bien en deçà de la réalité. Beaucoup de victimes, traumatisées, n’osent pas parler. D’autres, n’en peuvent plus : « Les survivantes envisagent de plus en plus ouvertement le suicide comme seul moyen d’échapper à ces horreurs », ont-ils averti.
Une impunité totale, une aide absente
Les rapporteurs spéciaux de l’ONU dénoncent aussi l’absence totale de soins, de soutien psychologique et de protection. Les structures humanitaires, comme les systèmes de justice, se sont effondrées dans de nombreuses régions. Ce vide favorise la répétition des crimes. « L’impunité règne, et les auteurs savent qu’ils ne seront pas poursuivis », ont-ils déploré.
Parallèlement, les disparitions forcées sont en forte augmentation. Dans les zones contrôlées par les RSF, de nombreuses femmes et filles sont enlevées dans des marchés, des camps ou des abris. Certaines sont ensuite réduites en esclavage sexuel.
Une urgence internationale
Pour les experts onusiens, cette situation n’est plus seulement une crise humanitaire : c’est une guerre contre les femmes. Et l’inaction risque de légitimer cette barbarie. « L’ampleur effroyable des violences subies par les femmes et les filles montre l’érosion complète des mécanismes de protection pendant les conflits. La communauté internationale doit agir de toute urgence », concluent-ils.
La Rédaction

