C’est une image que personne n’aurait imaginée il y a encore un an. Le président américain Donald Trump, de retour à la Maison Blanche, a rencontré ce mercredi 14 mai à Ryad le nouveau président syrien Ahmed al-Charaa, dans un geste politique aux répercussions régionales considérables. Cette entrevue officielle, qui s’est tenue dans le cadre de sa tournée dans le Golfe, marque une rupture nette avec les décennies d’hostilité entre Washington et Damas.
La rencontre intervient quelques heures seulement après l’annonce d’une levée spectaculaire des sanctions américaines contre la Syrie, mesure saluée comme un « tournant décisif » par Ahmed al-Charaa. Ce dernier, ancien vice-président sous Hafez puis Bachar al-Assad, a été porté au pouvoir après la chute brutale du régime baassiste fin 2024. Moins de six mois après la disparition de Bachar al-Assad, la Syrie tente de tourner la page d’un conflit sanglant de plus de dix ans.
Une normalisation aux allures de pari risqué
Donald Trump, qui a toujours cultivé un rapport personnel avec les figures autoritaires de la région, semble miser sur une stratégie de « réintégration » de la Syrie dans le concert des nations. Pour Washington, il s’agit d’encourager la reconstruction, freiner l’influence iranienne et stabiliser un pays dont le chaos a nourri le djihadisme pendant plus d’une décennie.
« Nous voulons une Syrie stable, indépendante et ouverte à ses voisins », a déclaré Trump lors d’une conférence de presse conjointe avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. Selon des sources diplomatiques, Ryad aurait joué un rôle central dans la médiation entre Damas et Washington, en échange de garanties sur le retrait progressif des milices iraniennes du territoire syrien.
Un retour sur la scène arabe ?
La présence d’Ahmed al-Charaa à Ryad illustre aussi la volonté de plusieurs pays arabes d’intégrer à nouveau la Syrie au sein de la Ligue arabe, malgré les réticences du Qatar et du Koweït. Les Émirats arabes unis, Bahreïn et l’Égypte ont déjà rétabli des relations officielles avec Damas depuis le début de l’année 2025.
Cette réintégration régionale reste toutefois fragile. L’opposition syrienne en exil dénonce une « restauration déguisée » du régime, tandis que les ONG soulignent l’absence de justice pour les victimes de la guerre. À Damas, la population accueille prudemment ce réchauffement diplomatique, entre espoir de reconstruction et crainte d’un retour au statu quo autoritaire.
En s’affichant aux côtés d’Ahmed al-Charaa, Donald Trump relance la diplomatie américaine dans un Moyen-Orient en recomposition. Mais ce geste audacieux reste suspendu à une équation délicate : réconcilier la stabilité régionale avec les exigences de justice et de souveraineté populaire en Syrie.
La Rédaction

