Ils sont fermiers, blancs, majoritairement afrikaners, et bientôt officiellement “réfugiés” aux États-Unis. Un terme fort pour désigner ces Sud-Africains en rupture avec leur pays, poussés à l’exil par une réforme agraire qui ambitionne de réparer des siècles d’inégalités foncières. À Washington, Donald Trump leur tend la main.
Une réforme explosive en Afrique du Sud
En Afrique du Sud, la loi sur l’expropriation des terres sans compensation a ravivé les plaies du passé. Elle vise à redistribuer les terres confisquées par les colons blancs sous l’apartheid, une promesse restée inachevée depuis la fin du régime en 1994. Pour de nombreux fermiers blancs, notamment afrikaners — descendants des colons néerlandais — cette loi incarne une forme de revanche historique qui les transforme, disent-ils, en “victimes”.
Trump entre en scène
Le 7 février, Donald Trump a signé un décret autorisant “l’accueil humanitaire” d’Afrikaners en tant que réfugiés. Le président américain, qui a plusieurs fois dénoncé une “discrimination raciale contre les fermiers blancs”, a donné une résonance internationale à une tension locale. Selon le New York Times, un premier groupe de familles devrait atterrir dès la semaine prochaine à Washington Dulles, en Virginie.
Un décret qui fait polémique
Le ministère sud-africain des Affaires étrangères a rapidement réagi, accusant le président Trump de déformer les faits. Dans un communiqué, Pretoria affirme que ce décret “ne reflète pas la réalité du pays” et “ignore délibérément l’histoire douloureuse du colonialisme et de l’apartheid”. Pour les autorités sud-africaines, la réforme agraire vise une justice historique, pas une revanche raciale.
Les États-Unis, nouvel eldorado ?
Pour une frange de la communauté afrikaner, ce départ est perçu comme une échappatoire. Depuis plusieurs années, certains ont entamé des démarches pour s’installer en Australie, au Canada ou aux États-Unis. Ce décret américain marque une étape politique majeure : c’est la première fois qu’une puissance étrangère accorde à des Afrikaners un statut de réfugiés sur une base raciale et politique.
Un exil lourd de symboles
En accueillant ces fermiers blancs, Donald Trump relance une lecture identitaire du conflit foncier sud-africain. L’image est forte : les héritiers d’un pouvoir colonial devenus “réfugiés” dans un pays dirigé par un président accusé lui-même de nourrir les divisions raciales. Le symbole est d’autant plus percutant qu’il inverse les codes : ce ne sont plus les victimes historiques de l’apartheid qui fuient, mais ceux qui en ont longtemps tiré profit.
La Rédaction

