À 89 ans, Mahmoud Abbas semble amorcer l’ultime chapitre de son long règne. Face à l’incertitude qui plane sur l’avenir politique palestinien, le président de l’Autorité palestinienne a discrètement désigné Hussein al-Sheikh comme son successeur potentiel, un geste destiné autant à organiser la transition qu’à calmer l’inquiétude des grandes puissances.
Depuis des années, la question de la succession d’Abbas, élu en 2005 pour un mandat de quatre ans mais toujours en poste, cristallise tensions et spéculations. Les États-Unis, l’Union européenne et plusieurs pays arabes ont exprimé, parfois en coulisses, leur crainte d’un vide de pouvoir qui ouvrirait la voie au chaos ou à une avancée du Hamas en Cisjordanie. C’est dans ce contexte délicat que le président a commencé à installer son dauphin.
Hussein al-Sheikh, 63 ans, actuel secrétaire général du Comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et proche collaborateur d’Abbas, est désormais en première ligne. Chargé des relations civiles avec Israël et considéré comme un fin négociateur, il incarne une continuité rassurante pour les chancelleries occidentales, tout en restant une figure controversée parmi les Palestiniens, critiques envers l’Autorité accusée d’immobilisme et de collaboration sécuritaire avec Israël.

Le choix d’Abbas, s’il officialise une préférence, ne met cependant pas fin aux luttes intestines. Plusieurs acteurs majeurs, dont Marwan Barghouti, emprisonné en Israël, ou Majed Faraj, le chef du renseignement, sont cités parmi les prétendants. En coulisses, les alliances se trament, les rivalités s’aiguisent, et l’avenir du mouvement national palestinien demeure incertain.
Pour Mahmoud Abbas, affaibli mais toujours maître du jeu, il s’agit d’une tentative de contrôler sa succession, de préserver ce qui reste d’une Autorité palestinienne minée par la perte de légitimité et par la fragmentation du territoire palestinien. Pour les grandes puissances, c’est un signal : la stabilité est encore possible, mais pour combien de temps ?
Dans un Moyen-Orient bouleversé par la guerre à Gaza, la montée des extrêmes et l’effritement des cadres traditionnels, l’après-Abbas sera déterminant. Son pari sur Hussein al-Sheikh est clair : assurer une transition sans fracas, quitte à défier une opinion publique palestinienne de plus en plus impatiente.
La Rédaction

