Erik Prince, fondateur de la société militaire privée Blackwater, revient sur le devant de la scène congolaise. Début avril 2025, il a conclu un accord avec le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) visant à sécuriser les ressources minières du pays et à améliorer la collecte fiscale, dans un contexte de contrebande endémique et d’insécurité croissante dans l’est du pays.
Un contrat au cœur des tensions régionales
Révélé par Reuters, l’accord intervient dans un contexte particulièrement instable : une nouvelle offensive rebelle du M23, soutenu par le Rwanda, a récemment permis aux insurgés de prendre Goma et Bukavu. Pour l’instant, l’intervention des conseillers de Prince devrait se limiter aux régions du sud, notamment dans le Katanga, riche en cuivre et en cobalt, en évitant les zones les plus instables de l’est. L’objectif est clair : renforcer les recettes minières, lutter contre la fraude transfrontalière et améliorer les infrastructures logistiques.
Cet accord s’inscrit dans des discussions plus larges entre Kinshasa et Washington autour d’un partenariat « minerais contre sécurité ». Si les États-Unis n’ont pas encore confirmé leur rôle opérationnel, le retour d’Erik Prince dans ce dispositif soulève déjà des interrogations.
Une figure controversée dans un rôle stratégique
La figure de Prince est indissociable des controverses qui l’entourent. Ancien patron de Blackwater, tristement célèbre pour le massacre de la place Nisour à Bagdad en 2007, il a longtemps opéré dans l’ombre des conflits mondiaux, offrant ses services à divers gouvernements, souvent dans des contextes opaques. Après la vente de Blackwater en 2010, il fonde Reflex Responses aux Émirats arabes unis, puis Frontier Services Group (FSG) en 2014, avec des financements chinois.
En RDC, sa présence n’est pas nouvelle. Depuis 2015, ses sociétés ont tenté de s’implanter dans le secteur de la logistique et du transport minier. En 2017, une joint-venture controversée de raffinerie d’or, Congo Gold Raffinerie, voit le jour à Bukavu. Elle liait des proches du régime Kabila à des cadres de FSG, suscitant les critiques d’experts sur les collusions d’intérêts.
En 2023, l’ONU l’accuse de vouloir déployer plus de 2 000 mercenaires latino-américains pour sécuriser les mines de l’est du pays – une opération qui ne verra jamais le jour, mais qui ravive les inquiétudes sur une privatisation déguisée de fonctions régaliennes.
Vers une privatisation de la sécurité ?
La nouvelle mission de Prince, officiellement axée sur la fiscalité et la logistique, flirte avec les zones grises. Dans des États fragiles comme la RDC, riches en ressources critiques mais minés par la corruption et la guerre, la frontière entre soutien technique et gestion sécuritaire directe est souvent floue. Si la RDC espère regagner le contrôle de ses ressources et renforcer son autonomie financière, le recours à des acteurs privés comme Prince interroge sur la souveraineté réelle de l’État.
Le déploiement annoncé d’experts techniques n’est que la première phase d’un projet plus vaste. Aucun détail n’a filtré sur leur nombre ni leur positionnement exact. Mais une chose est claire : dans la guerre mondiale pour les minéraux stratégiques, la RDC est plus que jamais un terrain de manœuvre géopolitique.
LA Rédaction

