À l’approche des élections présidentielles de décembre, le Ghana, symbole de démocratie stable en Afrique de l’Ouest, se trouve confronté à une menace grandissante : la prolifération des armes à feu et l’utilisation dangereuse de pistolets-jouets. Cette situation alarme les autorités, alors que des incidents impliquant des saisies d’armes et des arrestations soulevèrent des préoccupations majeures concernant la sécurité publique et la violence électorale.
Dans la région d’Ashanti, la police a récemment arrêté 26 jeunes en possession de pistolets-jouets, un signe inquiétant de la banalisation de la culture des armes à feu, même sous forme de jouets. Cette situation a renforcé les craintes d’une déstabilisation de l’ordre public à l’approche du scrutin du 7 décembre. Les autorités dénoncent des comportements potentiellement incitatifs à des troubles, et la situation reste tendue à quelques jours du vote.
Parallèlement, un incident mettant en cause un ministre a alimenté les tensions. Stephen Amoah, vice-ministre des Finances et député du Nouveau Parti Patriotique (NPP), a été impliqué dans une altercation avec des jeunes de sa circonscription, au cours de laquelle il a brandi une arme. Bien qu’il ait justifié son geste par un danger imminent pour sa vie, cet acte a provoqué une vague de critiques, certains observateurs estimant qu’il contribua à attiser les frictions sociales.
Les autorités ghanéennes sont également confrontées à un phénomène inquiétant dans les ports. À Tema, les douanes ont intercepté un conteneur transportant 53 pistolets, 65 cartouches et 74 chargeurs. Une saisie qui fait écho à un incident similaire survenu en 2020, où des armes et des produits interdits avaient été découverts. Les experts redoutent que ces armes ne soient utilisées pour des actes de violence pendant la période électorale, voire tombent entre les mains de groupes criminels. Victor Doke, spécialiste en sécurité au Centre Kofi Annan, insiste sur la nécessité d’une coordination renforcée des services de renseignement pour stopper ces importations illégales.
La question des armes légères au Ghana n’est pas nouvelle. Selon la Commission nationale sur les armes légères, plus de 2,3 millions d’armes circulaient déjà dans le pays en 2014, dont une grande partie en dehors du cadre légal. La porosité des frontières et l’instabilité régionale exacerbent cette situation, facilitant le trafic d’armement. Les zones comme Chereponi et Odododiodio, particulièrement vulnérables, voient régulièrement des partisans politiques s’armer lors des périodes électorales, ce qui génère un climat de peur propice à la violence.
L’utilisation de pistolets-jouets, bien qu’inoffensive en soi, a pris une tournure inquiétante avec des incidents de violence liés à leur présence. Les autorités de sécurité ont réagi en interdisant ces objets dans les bureaux de vote, une mesure saluée par l’opposition mais jugée insuffisante par certains experts. La crainte est que la culture des armes, qu’elles soient réelles ou factices, continue de s’enraciner, menaçant la stabilité du pays.
La situation est d’autant plus complexe que la rivalité entre les deux principaux candidats, Mahamudu Bawumia (NPP) et John Mahama (NDC), originaires du nord du pays, attise les divisions régionales et rend l’atmosphère encore plus tendue. La communauté internationale, ainsi que les observateurs locaux, appellent à un renforcement des contrôles aux frontières et des mécanismes de sécurité pour prévenir toute escalade violente.
À l’approche de ces élections, les experts avertissent que si le Ghana ne prend pas des mesures urgentes pour enrayer la prolifération des armes et la culture de violence, les fondements mêmes de sa démocratie risquent d’être gravement compromis. Les autorités doivent agir avec fermeté pour assurer la paix et la sécurité pendant cette période cruciale.
La Rédaction

