Le projet minier Base Toliara, relancé en novembre 2024 après une suspension en 2019, divise la population du sud-ouest de Madagascar. L’exploitation des ressources naturelles, menée par la société américaine Energy Fuels, suscite des inquiétudes profondes. Si les promesses de développement économique sont nombreuses, les craintes liées aux conséquences environnementales et sociales sont également omniprésentes. La question essentielle demeure : comment concilier croissance et respect des communautés locales ?
Un projet au cœur de la discorde
L’objectif du projet est l’extraction de sables minéralisés, riches en ilménite, zircon et rutile, destinés principalement à l’exportation. Si l’entreprise mise sur la création d’emplois et de retombées économiques, la réalité sur le terrain est bien différente. Les communautés locales, en particulier les pêcheurs de Toliara, rejettent fermement ce projet. Pour eux, les promesses de développement se transforment en menaces tangibles : destruction des écosystèmes marins, pollution des eaux et des sols, et perte de ressources vitales.
Les manifestations qui ont eu lieu en février 2025, réunissant des dizaines de pêcheurs de la communauté Zanadriake, en témoignent. Ces derniers ont exprimé leur refus catégorique des « dons » proposés par Base Toliara, accusant l’entreprise d’acheter leur consentement. Ce rejet est symptomatique d’une méfiance profonde, alimentée par des précédents miniers décevants à Madagascar, où les retombées économiques n’ont pas bénéficié aux populations locales.
Des risques environnementaux majeurs
Le projet Base Toliara menace des écosystèmes fragiles, essentiels à la survie des communautés riveraines. La région, dépendante de l’agriculture et de la pêche, se voit exposée à des risques importants : contamination des terres agricoles, pollution de l’eau, et destruction des récifs coralliens, dont la disparition serait catastrophique pour les pêcheurs locaux. Les inquiétudes sont légitimes, d’autant plus que Madagascar a déjà connu par le passé des incidents environnementaux dramatiques, comme ceux survenus à Fort-Dauphin avec l’exploitation de l’ilménite par QMM-Rio Tinto.
La gouvernance en question
Le succès d’un projet de cette envergure dépend largement de la qualité de la gouvernance et de la transparence des processus décisionnels. Madagascar souffre de faiblesses structurelles en matière de gouvernance, avec une histoire de corruption et de promesses non tenues. Les populations locales exigent une implication directe dans les décisions qui affectent leur quotidien. En réponse, Base Toliara a initié un dialogue avec la Commission justice et paix de Madagascar, cherchant à établir une médiation pour rassurer les communautés.
Cependant, cette initiative reste controversée. Beaucoup estiment que cette forme de médiation ne suffit pas à instaurer la confiance. Loin d’une consultation démocratique réelle, elle semble se limiter à un processus de « communication » entre les parties prenantes, sans véritable prise en compte des préoccupations des habitants.
La nécessité d’une transformation du modèle économique
Le véritable défi pour Madagascar ne réside pas seulement dans la gestion de ce projet minier, mais dans la révision du modèle économique global. Le pays, riche de ressources naturelles, reste largement dépendant de l’extraction brute, un modèle qui bénéficie avant tout aux acteurs étrangers. Le cas de Base Toliara n’est qu’un exemple d’un extractivisme qui laisse les populations locales sur le côté.
Une transformation profonde du modèle économique s’impose. Il ne s’agit plus de simplement extraire, mais de valoriser les ressources sur place. Madagascar pourrait ainsi développer des capacités locales de transformation des minerais, créer des industries liées à ces ressources et renforcer ses infrastructures. Cette approche permettrait non seulement de conserver une plus grande part de la valeur ajoutée, mais aussi de réduire la dépendance aux fluctuations des prix mondiaux.
Un enjeu de souveraineté et de développement durable
Si Madagascar souhaite éviter la « malédiction des ressources » et garantir un développement durable, il devra repenser sa gestion des ressources naturelles. L’industrialisation du secteur minier doit s’accompagner d’un renforcement des compétences locales, avec la formation d’ingénieurs, de techniciens et d’ouvriers qualifiés. L’émergence de champions nationaux, capables de structurer et d’organiser l’industrie minière, sera également cruciale pour transformer ce secteur en levier de développement autonome.
En soutenant des entreprises locales et en leur donnant un rôle central dans les projets miniers, Madagascar pourrait alors faire face à une véritable opportunité de croissance, loin du modèle extractiviste actuel.
Le projet Base Toliara est le symbole des contradictions auxquelles Madagascar est confronté dans sa quête de développement économique. Si les ressources naturelles doivent jouer un rôle clé, elles ne doivent pas être un frein à l’autonomie du pays. Le véritable défi est d’assurer que les bénéfices de l’exploitation minière profitent d’abord aux communautés locales, et non aux intérêts étrangers. Ce projet devra impérativement être réorienté pour garantir que les promesses économiques et environnementales soient respectées, au risque de renforcer une fracture sociale déjà bien ancrée.
La Rédaction

