L’Afrique devient à nouveau le terrain d’un impressionnant ballet militaire. Le 14 avril, la 21e édition d’African Lion s’ouvre en Tunisie, lançant la plus vaste manœuvre militaire conjointe jamais menée sur le continent. Orchestrée par les États-Unis avec la participation de plus de 40 pays et 10 000 soldats, cette campagne militaire s’étendra jusqu’en mai, balayant quatre nations : Tunisie, Ghana, Sénégal et Maroc.
Un laboratoire tactique grandeur nature
Bien plus qu’un simple exercice, African Lion s’impose comme un banc d’essai à ciel ouvert pour les armées du XXIe siècle. On y déploiera les lance-roquettes HIMARS, les armes d’escouade de nouvelle génération (NGSW), mais aussi des modules de cyberdéfense intégrée. L’idée : simuler une guerre totale, mêlant le numérique, le spatial, l’amphibie et l’urbain. Les militaires s’entraîneront à sauter, tirer, manœuvrer dans des environnements souterrains, déjouer des menaces aériennes ou maritimes, tout en menant des missions humanitaires en parallèle. Cette hybridité opérationnelle n’est pas anodine : elle correspond à la nouvelle doctrine stratégique américaine.
Une diplomatie militaire à géométrie variable
African Lion est aussi une vitrine de puissance. La cartographie des participants révèle l’étendue de l’influence américaine. Du Maroc à la Tunisie, de la Côte d’Ivoire au Kenya, en passant par le Royaume-Uni, la France ou Israël, l’exercice consolide une architecture de sécurité multinationale façonnée par Washington. Les pays observateurs, comme la République démocratique du Congo, la Belgique, l’Inde ou le Qatar, n’y assistent pas par simple curiosité. Ils prennent acte du nouveau langage diplomatique de l’Afrique : celui des alliances militaires et des exercices conjoints.
Un pivot stratégique contre les menaces globales
Pour le général Andrew C. Gainey, commandant du SETAF-AF, African Lion est « le creuset stratégique de notre coopération face aux défis du siècle ». L’objectif n’est plus seulement de former des troupes africaines, mais de bâtir un système de défense globale, capable de répondre à des menaces hybrides, souvent insaisissables, allant du groupe terroriste à la cyberguerre.
Cette militarisation progressive de l’Afrique traduit un tournant. Elle n’est pas sans rappeler la stratégie de l’OTAN élargie, déclinée cette fois sur le continent africain. Si le discours humanitaire accompagne toujours l’événement, l’enjeu principal est ailleurs : affirmer une présence militaire durable, contrer les influences rivales, notamment chinoises et russes, et sécuriser des zones géopolitiques devenues centrales dans les équilibres internationaux.
La Rédaction

