En instituant le prélèvement confédéral AES, les États du Sahel semblent vouloir structurer leur organisation naissante. Mais derrière cette décision technique se cache un enjeu bien plus vaste : celui de la redéfinition des rapports avec l’ensemble sous-régional.
Loin d’un simple dispositif de financement, ce prélèvement s’inscrit dans un jeu diplomatique où la rupture avec la CEDEAO n’est ni complète ni assumée. La mention d’exemptions possibles pour certains pays liés par des accords spécifiques laisse une porte ouverte aux négociations. Une manière habile d’éviter un isolement économique, tout en affirmant une autonomie stratégique.
Mais cette approche comporte des risques. L’instauration d’un prélèvement supplémentaire dans un espace où circulent des marchandises régies par des règles communes pourrait engendrer des tensions économiques et entraver la compétitivité des États membres de l’AES. Une double taxation, même implicite, risquerait d’affaiblir les échanges avec les pays voisins toujours membres de la CEDEAO et de l’UEMOA.
Dès lors, l’AES joue une partition subtile : montrer sa capacité à exister en tant qu’entité souveraine tout en ménageant la possibilité d’accords bilatéraux pour éviter une fracture totale avec l’ancien cadre communautaire. Une stratégie qui pourrait se transformer en levier diplomatique, à condition que les négociations aboutissent à un compromis équilibré.
La Rédaction

