Alors que le Congrès américain presse l’administration Trump de sanctionner le Nigéria pour des violations présumées de la liberté religieuse, le président Bola Tinubu tente de convaincre que son pays est un modèle de tolérance. Suffira-t-il de multiplier les gestes symboliques pour éviter une mise au ban des États-Unis ?
Un Nigéria sous pression
Les récentes déclarations de Tinubu devant des évêques catholiques visent à rassurer sur la situation religieuse dans son pays. Il a insisté sur l’absence de parti pris dans sa politique et souligné que l’insécurité touchait aussi bien chrétiens que musulmans. Mais cette prise de position intervient dans un contexte tendu : la Chambre des représentants des États-Unis réclame la désignation du Nigéria comme “pays particulièrement préoccupant” en matière de liberté religieuse, ce qui pourrait entraîner des sanctions.
Cette initiative fait suite au témoignage accablant de l’évêque Wilfred Chikpa Anagbe, qui a dénoncé l’impunité des attaques contre les chrétiens, notamment dans l’État de Benue. Huit églises incendiées, aucune arrestation : un constat qui alimente les critiques sur la passivité des autorités.
Les conséquences d’une désignation par Washington
Si le Nigéria est classé comme pays intolérant, les sanctions pourraient être lourdes :
•Restriction de l’aide américaine, qui s’élève à plusieurs milliards de dollars.
•Interdictions de visa pour des responsables nigérians.
•Surveillance accrue des actions du gouvernement.
Depuis 2009, plus de 18 000 églises auraient été détruites dans des attaques, selon la résolution du Congrès américain. Des groupes extrémistes liés à l’État islamique profiteraient du laxisme des autorités pour s’implanter.
Un jeu d’équilibriste pour Tinubu
Le cas de Sunday Jackson, un agriculteur chrétien condamné à mort pour avoir tué un éleveur peul en légitime défense, symbolise les tensions intercommunautaires. De nombreux groupes chrétiens dénoncent une justice à deux vitesses. Or, Tinubu, qui vise une réélection en 2027, ne peut se permettre d’irriter sa base musulmane en contestant ouvertement ces décisions.
Il a néanmoins tenté quelques gestes d’apaisement, comme la nomination de l’évêque Matthew Hassan Kukah à un poste académique prestigieux. Suffisant pour convaincre Washington ?
Trump : un arbitre imprévisible
Le président Trump, qui s’est engagé à défendre la cause chrétienne, pourrait rétablir les sanctions levées par Biden. Il a récemment mis en place un groupe de travail contre les discriminations antichrétiennes et accueilli des religieux nigérians lors de son investiture.
Des experts, comme Matthew Page, estiment donc qu’une sanction est presque inévitable, à moins que Tinubu ne prenne des mesures fortes et visibles. L’exemple de l’Afrique du Sud, récemment ciblée par l’administration Trump, montre que la diplomatie classique ne suffira pas.
Tinubu joue donc une partie serrée. Entre Washington et ses enjeux internes, saura-t-il éviter la tempête ?
La Rédaction

