Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni le 19 février à New York pour examiner une nouvelle fois la situation dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Kinshasa, qui accuse le Rwanda de soutenir la rébellion du M23, réclame des sanctions contre Kigali. Cette fois, les États-Unis ont pris une position plus ferme en appelant explicitement le Rwanda à cesser tout appui aux rebelles.
Washington exige un retrait rwandais immédiat
Mardi, le département d’État américain a directement mis en cause Kigali, affirmant détenir des preuves de l’implication de responsables militaires rwandais dans les opérations du M23.
« Nous exigeons que le Rwanda mette immédiatement fin à toute forme d’aide au M23 et retire son personnel militaire de l’est de la RDC », a déclaré la porte-parole du département d’État, Jen Psaki. Elle n’a cependant pas précisé si le président rwandais, Paul Kagame, était personnellement impliqué.
Cette prise de position s’appuie notamment sur un rapport de l’ONG Human Rights Watch (HRW), qui accuse le M23 de commettre des exactions avec l’appui de Kigali. Selon HRW, les rebelles auraient perpétré des exécutions sommaires, des viols et recruté de force des enfants.
Une menace d’embrasement régional
L’ONU continue d’alerter sur le risque d’une escalade du conflit. Le M23, dominé par des Tutsis, a déjà brièvement occupé Goma en novembre dernier et poursuit aujourd’hui son avancée vers le Sud-Kivu, se rapprochant de la frontière avec le Burundi.
« Nous ignorons jusqu’où le M23 et ses soutiens comptent aller, mais le risque d’un embrasement régional est aujourd’hui plus réel que jamais », a prévenu Huang Xia, envoyé spécial de l’ONU pour la région des Grands Lacs.
Bintou Keita, cheffe de la MONUSCO, a quant à elle exprimé son inquiétude face à la progression du M23, désormais à la jonction entre la RDC, le Rwanda et le Burundi.
Kinshasa réclame des sanctions, les États-Unis en soutien
Face à la menace, la ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a dénoncé un « carnage à ciel ouvert » orchestré par Kigali et accusé le Rwanda de chercher à renverser le pouvoir congolais par la force. Elle réclame des sanctions contre les dirigeants rwandais, un embargo sur les ressources naturelles en provenance du Rwanda et l’exclusion des troupes rwandaises des missions de maintien de la paix de l’ONU.
Si Kinshasa avait jusque-là du mal à rallier des soutiens, Washington semble désormais prêt à hausser le ton. L’ambassadrice américaine par intérim à l’ONU, Dorothy Shea, a appelé à une « réponse forte et sans ambiguïté » aux actions du M23 et du Rwanda. Elle a également suggéré une réévaluation de la participation du Rwanda aux missions de l’ONU si Kigali ne changeait pas d’attitude.
Un tournant dans la diplomatie internationale ?
En janvier, la France avait proposé une résolution au Conseil de sécurité, mais les négociations sont au point mort, plusieurs pays africains du Conseil hésitant encore à condamner ouvertement Kigali.
L’implication plus directe des États-Unis marque cependant un tournant. Washington ira-t-il jusqu’à imposer des sanctions concrètes contre le Rwanda ? Une telle décision pourrait profondément redéfinir les rapports de force dans la région des Grands Lacs.
La Rédaction

