L’imam Muhsin Hendricks est mort comme il a vécu : en première ligne du combat pour un islam inclusif. Abattu de trois balles dans la poitrine le 15 février 2025 à Gqeberha, il s’apprêtait à célébrer le mariage de deux femmes. Son assassinat signe la fin brutale d’une vie consacrée à bâtir des ponts entre foi musulmane et communauté LGBTQI+.
Une exécution calculée
La scène ne laisse aucun doute sur la préméditation. À 10 heures, un pick-up Hilux bloque violemment la Volkswagen dorée de l’imam. Un homme cagoulé en descend et tire à bout portant. « L’unité spéciale des crimes de haine a pris l’enquête en main », confirme le colonel Priscilla Naidu. Sur place, trois douilles de 9mm et les images des caméras de surveillance témoignent d’une attaque minutieusement orchestrée.
Vingt-neuf ans de combat
« Allah m’a créé ainsi », affirmait Hendricks depuis son coming-out historique en 1996. Seul imam ouvertement homosexuel d’Afrique du Sud, il puisait dans sa formation à l’université Al-Azhar du Caire pour proposer une lecture éclairée du Coran. « Les musulmans LGBTQI+ vivent une double discrimination qui peut les briser », expliquait-il en 2023. Sa réponse : fonder The Inner Circle, un sanctuaire où foi et identité coexistent sans conflit.
Une voix qui portait au-delà des frontières
De Londres à Jakarta, Hendricks inspirait des milliers de musulmans en quête de réconciliation avec leur foi. « Il a ouvert la voie à une nouvelle génération d’intellectuels musulmans », souligne Scott Siraj al-Haqq Kugle, professeur à l’université Emory. Son assassinat provoque une onde de choc internationale. L’imam français Ludovic-Mohamed Zahed parle d’une « perte dévastatrice pour le mouvement progressiste musulman ». Des veillées s’organisent spontanément à travers le monde.
Un meurtre qui révèle une violence croissante
Ce crime s’inscrit dans une tendance alarmante : les agressions contre les personnes LGBTQI+ ont augmenté de 28% en 2024 en Afrique du Sud, selon OUT LGBT Well-Being. Pour Roberto Quintas de l’Alliance Démocratique, c’est « une attaque directe contre la Constitution sud-africaine ». Le choix du week-end de la Saint-Valentin pour cet assassinat ajoute au cynisme de l’acte.
L’héritage d’un pionnier
« La haine peut tuer un homme, pas ses idées », répétait Hendricks. Son assassinat brutal confirme que le chemin vers l’acceptation reste périlleux. Mais sa vie prouve qu’un autre islam est possible. Dans la mort comme dans la vie, Muhsin Hendricks continue de montrer que foi et identité peuvent s’unir dans le respect. Un héritage plus fort que les balles qui l’ont fauché.
La Rédaction

