Dans l’est de la République démocratique du Congo, des milliers de déplacés ont été contraints de fuir les camps de Goma après un ultimatum du groupe armé M23. Tandis que la crise humanitaire s’aggrave et que les combats s’intensifient, les autorités congolaises mettent en place un corridor humanitaire pour secourir les blessés. Sur le plan diplomatique, la Belgique presse l’Union européenne de sanctionner le Rwanda, accusé de soutenir le M23.
Des camps vidés sous la menace du M23
Depuis plusieurs jours, un exode massif a lieu en périphérie de Goma. Le M23, qui contrôle plusieurs zones stratégiques, a donné aux déplacés un ultimatum pour regagner leurs villages d’origine, malgré l’insécurité persistante. D’après l’ONU, environ 700 000 personnes vivaient dans ces camps, installés à la suite de la résurgence du groupe armé en 2021.
Dans le camp de Bulengo, autrefois surpeuplé, le paysage est désormais désolé. “Ce qui ressemblait à une ville de tentes s’étendant à perte de vue n’est plus qu’un vaste terrain jonché de débris”, rapporte une journaliste locale. Livrés à eux-mêmes, les déplacés démontent leurs abris de fortune pour récupérer quelques matériaux avant de partir. Certains tentent un retour risqué dans leurs villages dévastés, d’autres errent sans destination.
Une femme, les bras chargés de maigres possessions, témoigne de son angoisse : “Si nous restons ici, ils pourraient brûler nos abris. Mieux vaut partir avant qu’il ne soit trop tard.” Une autre, portant son enfant, laisse éclater son désespoir : “Je n’ai ni maison, ni nourriture, ni argent. Là où nous allons, seule la faim nous attend.”
Les camps de Bushagara et Kanyaruchinya avaient déjà été vidés après la prise de Goma par le M23, soutenu par les forces rwandaises. Face à l’urgence, les organisations humanitaires réclament un accès aux zones de retour, où les besoins sont immenses.
Un corridor humanitaire face à une crise sanitaire alarmante
L’exode forcé des déplacés aggrave une situation sanitaire déjà critique. Plus de 4 200 blessés nécessitent des soins d’urgence, mais les hôpitaux de Goma, débordés, manquent cruellement de ressources. La paralysie de l’aéroport empêche l’acheminement de matériel médical, poussant le gouvernement à chercher des alternatives.
Le ministre congolais de la Santé, Samuel Kamba, a annoncé l’ouverture d’un corridor humanitaire sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). “Nos stocks de médicaments ne tiendront que quelques jours”, a-t-il alerté. Après des négociations avec l’OMS, le CICR et l’OCHA, un accord a été trouvé pour faire transiter des fournitures médicales via Nairobi et Kigali jusqu’à Goma.
Pressions internationales : la Belgique réclame des sanctions contre le Rwanda
Alors que les combats font rage dans le Sud-Kivu, notamment dans le territoire de Kalehe où le M23 et l’armée rwandaise progressent, la pression diplomatique monte. La Belgique exhorte l’Union européenne à prendre des sanctions contre Kigali, accusé d’alimenter le conflit.
Le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, s’est exprimé avec fermeté : “Le Rwanda alimente discrètement le M23. Il est temps que la communauté internationale réagisse avec plus de vigueur.” Il a insisté sur la nécessité d’une réponse européenne forte pour mettre un terme à cette crise.
Entre intensification des combats, déplacements forcés et tensions diplomatiques croissantes, l’est de la RDC s’enfonce un peu plus dans une crise aux répercussions régionales inquiétantes.
La Rédaction

