Le nouveau président syrien, Ahmed El-Charaa, a effectué sa première visite officielle à l’étranger en Arabie saoudite, dimanche 2 février. Accueilli avec les honneurs par le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS), ce déplacement marque une étape clé dans la réintégration de la Syrie au sein du monde arabe.
Un rapprochement stratégique entre Riyad et Damas
La visite du président syrien à Riyad n’a rien d’anodin. En choisissant l’Arabie saoudite comme première destination après son arrivée au pouvoir le 8 décembre dernier, Ahmed El-Charaa envoie un signal clair quant à ses priorités diplomatiques. Dès le 19 décembre, il avait salué la politique économique de MBS et exprimé son admiration pour les réformes entreprises dans le royaume.
Dans cette optique, il avait également accordé, le 29 décembre, sa première grande interview télévisée en langue arabe à la chaîne saoudienne Al-Arabiya. Il y vantait déjà les opportunités d’investissements en Syrie pour les hommes d’affaires du Golfe. Un message bien reçu par Riyad, qui voit en ce nouvel interlocuteur une occasion de redéfinir les équilibres régionaux, notamment face à l’influence grandissante de l’Iran et de la Turquie.
L’Arabie saoudite, levier pour une levée des sanctions ?
L’un des enjeux majeurs de cette visite réside dans la question des sanctions internationales pesant encore sur la Syrie. D’après le quotidien saoudien Asharq Al-Awsat, Damas espère bénéficier du poids diplomatique de Riyad auprès des États-Unis, et notamment du président Donald Trump, pour assouplir ces restrictions économiques.
En contrepartie, l’Arabie saoudite cherche à garantir que la Syrie ne redevienne pas un terrain d’influence iranien. La presse saoudienne, à l’instar du quotidien Okaz, ne cache pas son enthousiasme en évoquant une “réintégration de la Syrie par la grande porte arabe”, soulignant ainsi la volonté de Riyad de reprendre l’initiative dans le dossier syrien.
Un jeu d’équilibre entre Riyad, Ankara et Damas
Si l’Arabie saoudite se positionne en partenaire stratégique, la Turquie demeure un acteur incontournable dans le nouvel échiquier syrien. Le groupe armé Hayat Tahrir Al-Cham (HTC), qui a porté Ahmed El-Charaa au pouvoir, entretient des relations de longue date avec Ankara.
Toutefois, cette proximité avec la Turquie suscite des interrogations. Selon L’Orient-Le Jour, certains analystes redoutent que la Syrie ne devienne un protectorat turc. “Il ne faut pas qu’Ahmed El-Charaa donne le sentiment qu’il est en train de vendre son pays”, avertit Bayram Balci, chercheur au Centre de recherches internationales de Sciences Po.
Dans un souci d’équilibre, le président syrien se rendra en Turquie dès le mardi 4 février. À cette occasion, il devrait réitérer ses engagements envers Ankara, notamment en promettant aux entreprises turques un rôle clé dans la reconstruction du pays.
Toutefois, comme le souligne L’Orient-Le Jour, la Turquie ne peut pas tout assumer seule. Malgré son influence sur le terrain, elle manque des capacités financières nécessaires pour la reconstruction et ne possède pas l’entregent de l’Arabie saoudite auprès de Washington.
L’opération séduction d’Abou Mohammed Al-Joulani auprès du Golfe
Le nouvel homme fort de Damas, Ahmed El-Charaa, connu sous le nom d’Abou Mohammed Al-Joulani, multiplie les gestes en direction des monarchies du Golfe. Son arrivée au pouvoir a marqué une rupture avec l’ancienne influence iranienne, un tournant que les pétromonarchies n’ont pas manqué de saluer.
Dans un entretien accordé à Asharq Al-Awsat, il insiste sur son engagement à ne pas exporter la révolution islamiste et à garantir la stabilité de la région. “La sécurité stratégique du Golfe est mieux assurée, car le projet iranien a été repoussé de quarante ans”, affirme-t-il, cherchant ainsi à rassurer Riyad et Abou Dhabi.
En mettant en avant son rôle dans le rééquilibrage des forces au Moyen-Orient, Ahmed El-Charaa espère obtenir un soutien économique crucial pour son pays. L’Arabie saoudite, qui a longtemps soutenu l’opposition à Bachar El-Assad, semble désormais prête à composer avec ce nouvel interlocuteur, à condition qu’il s’inscrive dans une dynamique régionale plus favorable aux intérêts du Golfe.
Une Syrie en quête de stabilité et de financement
À travers ces manœuvres diplomatiques, Ahmed El-Charaa tente de repositionner la Syrie comme un acteur incontournable du monde arabe, tout en ménageant ses partenaires régionaux. Son pari ? Obtenir des investissements saoudiens et turcs pour reconstruire son pays, tout en évitant de tomber sous la coupe d’un seul parrain étranger.
Sa capacité à naviguer entre ces puissances rivales déterminera en grande partie l’avenir de la Syrie dans les années à venir.
La Rédaction

