Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a effectué une visite diplomatique sous haute tension au Panama, dans un contexte où Washington s’inquiète de l’influence chinoise sur le canal. Alors que Donald Trump a brandi la menace d’une action musclée, Rubio a tenté de combiner fermeté et diplomatie pour défendre les intérêts américains. Mais les échanges avec le président panaméen José Raúl Mulino n’ont pas dissipé toutes les inquiétudes.
Pressions américaines et avertissements musclés
Lors de sa rencontre avec José Raúl Mulino, Marco Rubio n’a pas mâché ses mots. Il a exigé des “changements immédiats” concernant la gestion du canal, jugeant que “le statu quo était inacceptable” et que les États-Unis prendraient “les mesures nécessaires” si la situation ne changeait pas. Selon la porte-parole du département d’État, Tammy Bruce, Rubio a clairement dénoncé “la position actuelle d’influence et de contrôle du Parti communiste chinois sur la zone du canal de Panama”, affirmant qu’elle constituait une violation du Traité de neutralité permanente du canal signé en 1977.
Si la diplomatie américaine ne parle pas ouvertement d’intervention militaire, la menace plane en arrière-plan. Donald Trump, irrité par l’expansion chinoise en Amérique latine, n’a pas exclu d’agir pour “rétablir l’équilibre” sur ce passage stratégique. Cette posture inquiète d’autant plus que le président américain vient de durcir le ton sur le commerce international, imposant de nouvelles sanctions contre la Chine, le Canada et le Mexique.
Le Panama tente de calmer le jeu
Face aux pressions, le président panaméen José Raúl Mulino a cherché à temporiser. Il a assuré ne pas voir de “menace réelle” sur le traité du canal et a proposé d’ouvrir un dialogue technique avec Washington pour apaiser les tensions. “Je crois que nous avons mené cette conversation de très bonne foi”, a-t-il déclaré en conférence de presse. Il a également insisté sur l’audit en cours des concessions portuaires accordées à des entreprises chinoises, tout en signalant que son gouvernement ne renouvellerait pas un accord commercial signé avec Pékin en 2017.
Dans une tentative d’apaisement, Mulino a aussi proposé que les États-Unis utilisent le Panama comme une plateforme logistique pour expulser des migrants en situation irrégulière vers d’autres pays d’Amérique latine, notamment le Venezuela, la Colombie et l’Équateur. “Nous pouvons le faire sans problème, aux frais des États-Unis. Le Panama n’investira pas un dollar dans ce domaine”, a-t-il précisé.
Une visite entre diplomatie et colère populaire
Si Rubio a tenté d’afficher une posture plus conciliante que Trump, notamment en assistant à une messe dans une église coloniale de Panama City, sa visite a suscité une vive opposition. Avant même son arrivée, des manifestations ont éclaté, obligeant la police à intervenir avec des gaz lacrymogènes.
Des centaines de manifestants ont brûlé une effigie du secrétaire d’État, vêtu d’un costume aux couleurs américaines, et brandi des pancartes dénonçant “l’impérialisme américain”. “Rubio, pars du Panama !” scandaient les protestataires, tandis que le syndicaliste Saúl Méndez dénonçait “le messager de l’Empire”.
Ces tensions illustrent le malaise persistant dans le pays. Bien que le Panama ait historiquement entretenu des relations étroites avec les États-Unis, de nombreux citoyens voient d’un mauvais œil les ingérences de Washington et refusent de céder aux exigences américaines sur la gestion du canal.
Un front géopolitique qui s’étend à l’Amérique latine
Après le Panama, Marco Rubio doit poursuivre sa tournée au Costa Rica, au Salvador, au Guatemala et en République dominicaine, où il défendra la politique migratoire stricte de Donald Trump et tentera de limiter l’influence chinoise dans la région.
Mais la visite de Rubio marque surtout un tournant : sous la présidence Trump, les États-Unis ne cachent plus leur volonté de renforcer leur contrôle sur le canal et d’endiguer l’expansion chinoise en Amérique latine. L’avenir des relations entre le Panama et Washington dépendra de la capacité du président Mulino à équilibrer ses alliances, sans céder totalement aux pressions américaines ni provoquer une rupture avec la Chine.
Dans un contexte où les tensions sino-américaines s’intensifient à l’échelle mondiale, le canal de Panama est redevenu un enjeu stratégique majeur. Et si la diplomatie tente encore d’éviter un affrontement direct, la menace d’un bras de fer plus musclé reste bien réelle.
La Rédaction

