Alors que la planète subit des records de chaleur, des catastrophes naturelles plus fréquentes et l’élévation inexorable du niveau des océans, les gouvernements tardent à transformer leurs promesses en actes. La dernière échéance imposée par l’Accord de Paris pour soumettre de nouveaux engagements climatiques a révélé un constat glaçant : seuls 15 pays sur 194 ont respecté le calendrier.
Des engagements sur le papier, une volonté en suspens
Les contributions déterminées au niveau national (NDC) sont censées constituer la boussole de chaque État pour limiter le réchauffement à 1,5 °C, voire 2 °C maximum par rapport à l’ère préindustrielle. Tous les cinq ans, ces plans doivent être mis à jour avec des objectifs plus ambitieux, afin de structurer une transition progressive et irréversible.
Mais cette mécanique repose sur un postulat fragile : la coopération internationale et la pression mutuelle entre nations. Or, la faible participation à cette échéance interroge. La lutte contre le réchauffement climatique aurait-elle cessé d’être une priorité pour les grandes puissances ?
Les bons élèves : engagement ou posture ?
Parmi les rares États à avoir joué le jeu figurent le Royaume-Uni, la Suisse et les Émirats arabes unis. Le Brésil, hôte de la prochaine COP30, a relevé ses ambitions, promettant une réduction de ses émissions de 59 à 67 % d’ici 2035 par rapport à 2005. Pourtant, son retard dans l’application des engagements précédents et son changement de méthodologie pour calculer ses émissions relativisent ces annonces.
Le Japon, quant à lui, illustre le principe de progression voulu par l’Accord de Paris, avec un objectif de réduction de 60 % d’ici 2035 et de 73 % d’ici 2040 par rapport à 2013. Mais ces exemples restent isolés.
Les grands absents : entre inertie et cynisme
L’absence de nouvelles NDC de la part de la Chine, de l’Inde, de la Russie et même de l’Union européenne constitue un signal alarmant. Ces puissances concentrent une part colossale des émissions mondiales et, sans leur engagement, aucun effort global ne peut être véritablement efficace.
La Chine, après avoir affiché en 2015 sa volonté de réduire son intensité carbone, continue d’augmenter sa dépendance au charbon. L’Inde, quant à elle, n’a jamais proposé d’objectifs jugés crédibles par les experts, et son dernier budget ne reflète aucun effort significatif en matière de transition énergétique.
La Russie, elle, poursuit sans détour l’exploitation massive de ses ressources fossiles. Son plan de 2020, loin d’intensifier ses efforts, s’est même révélé moins ambitieux que prévu.
Les États-Unis, deuxième plus grand pollueur mondial, avaient soumis une nouvelle NDC, mais l’élection de Donald Trump a rebattu les cartes. Après s’être déjà retiré une première fois de l’Accord de Paris, il a renouvelé son désengagement, tout en accélérant la production pétrolière et en sabrant les financements de la recherche climatique.
Quant à l’Union européenne, qui aurait pu se positionner en leader, elle a elle aussi manqué l’échéance, laissant place à l’incertitude sur son rôle futur.
Un virage stratégique dangereux
Derrière ces absences, une réalité plus inquiétante se dessine : la transition écologique est en train de devenir un enjeu de compétition économique et géopolitique. Les ressources essentielles aux technologies vertes – lithium, cobalt, terres rares – attisent les convoitises, et certains États semblent plus préoccupés par leur accès que par une réelle coopération climatique.
Cette course aux ressources pourrait freiner les efforts collectifs et exacerber les inégalités. Un scénario où quelques nations parviendraient à verdir leur économie en exploitant celles des autres créerait un déséquilibre majeur, compromettant l’objectif de neutralité carbone globale.
L’Accord de Paris en sursis
Si cette inertie se prolonge, les scientifiques préviennent que la trajectoire actuelle pourrait mener à un réchauffement de 4,4 °C d’ici 2100, avec des conséquences dramatiques. À l’inverse, un sursaut collectif permettrait encore de limiter la hausse à 1,8 °C, à condition d’intensifier drastiquement les efforts dès maintenant.
Mais avec autant de pays refusant de jouer le jeu, l’Accord de Paris risque de devenir une coquille vide. Son efficacité repose sur une dynamique d’émulation, et si les principales économies s’affranchissent de leurs obligations, l’ensemble du système pourrait s’effondrer.
Face aux catastrophes climatiques qui s’accélèrent, le monde n’est plus à l’heure des discours. La seule question qui demeure est celle du temps qu’il reste avant que l’inaction devienne irréversible.
La Rédaction

