Alors que le M23 s’est emparé de Goma, plongeant l’est de la République démocratique du Congo (RDC) dans une crise sans précédent, une question continue de hanter le débat public.
Joseph Kabila joue-t-il un rôle, direct ou indirect, dans cette insurrection ? Si les accusations de Félix Tshisekedi contre son prédécesseur remontent à plusieurs mois, elles prennent aujourd’hui une nouvelle résonance à mesure que les rebelles étendent leur contrôle sur le Nord-Kivu. À cela s’ajoute une autre interrogation explosive : Kigali soutient-il l’ancien président congolais dans l’ombre ?
Un vieil affrontement qui ressurgit
En août 2024, Félix Tshisekedi accusait Joseph Kabila de soutenir l’Alliance Fleuve Congo (AFC), un mouvement politico-militaire qui inclurait le M23. « L’AFC, c’est lui », déclarait alors le président congolais, affirmant que son prédécesseur, après avoir boycotté les élections, préparait une insurrection.
À l’époque, ces accusations avaient été balayées par les proches de Kabila, qui y voyaient une tentative de diversion. Mais aujourd’hui, alors que Goma est sous le contrôle du M23 et que l’armée congolaise peine à reprendre l’avantage, ces soupçons reviennent avec force.
Ce qui change aujourd’hui, ce n’est pas seulement la montée en puissance du M23, mais aussi les soupçons grandissants sur le rôle du Rwanda. Kigali, déjà accusé d’être derrière le M23, serait-il également impliqué dans un soutien plus large, incluant Kabila ? Cette thèse, bien que non prouvée, circule de plus en plus dans les cercles diplomatiques.
Le M23, un héritage du kabilisme ?
L’histoire du M23 est intimement liée aux années Kabila. Né en 2012, ce mouvement rebelle trouve ses racines dans les tensions entre Kinshasa et les communautés rwandophones de l’est du pays. Officiellement vaincu en 2013, il a refait surface en 2021, sous la présidence de Tshisekedi.
Certains observateurs estiment que l’ancien président conserve une influence sur certains réseaux militaires et politiques en RDC, notamment dans l’est. Son long règne (2001-2019) a laissé des fidélités durables, tant au sein de l’armée que parmi les élites économiques de Goma. Cela fait-il de lui un acteur clé de la crise actuelle ? Officiellement, rien ne le prouve, mais dans les cercles du pouvoir à Kinshasa, le soupçon est bien vivant.
L’hypothèse d’un soutien du Rwanda à Kabila ajouterait une nouvelle dimension à cette crise. Si cela s’avérait exact, cela signifierait que Kigali ne soutient pas seulement le M23 mais joue un jeu plus large en RDC, avec une stratégie à long terme.
Un conflit aux ramifications multiples
Si Kabila reste une figure centrale de ces spéculations, d’autres éléments compliquent encore la situation. Le soutien présumé du Rwanda au M23 est un point de tension majeur entre Kinshasa et Kigali, tandis que l’armée congolaise, affaiblie et divisée, peine à contenir l’avancée des rebelles.
L’avenir de la RDC dépendra en partie de la capacité du gouvernement à reprendre le contrôle de Goma et à sécuriser l’est du pays. Mais il dépendra aussi des jeux d’influence qui se jouent en coulisses. Joseph Kabila, bien que silencieux, reste une figure dont le nom revient dès que la RDC vacille. Une ombre qui, pour certains, plane toujours sur l’avenir du pays.
Si les soupçons de connivence entre Kigali et Kabila devaient se confirmer, cela changerait la lecture du conflit et redéfinirait les équilibres géopolitiques dans la région des Grands Lacs. Pour l’instant, aucune preuve formelle ne vient étayer cette théorie, mais elle alimente déjà les tensions diplomatiques et renforce l’urgence d’une solution politique à cette crise.
La Rédaction

