Huit ans après avoir quitté la Gambie sous la pression de la Cédéao, Yahya Jammeh continue de hanter la scène politique de son pays depuis son exil en Guinée équatoriale. Dans un récent message audio, l’ancien président a réaffirmé son intention de revenir, ravivant tensions et divisions au sein de son camp comme au sein du pays.
Un retour toujours promis, mais incertain
Défait par Adama Barrow en 2016 après 22 ans de règne, Yahya Jammeh s’était résolu à l’exil sous la pression internationale. Pourtant, depuis son départ, il n’a jamais cessé de clamer son droit à revenir en Gambie. « Qu’ils n’essaient pas de fuir… Par la grâce du Tout-Puissant Allah, je reviendrai », a-t-il déclaré dans un message adressé à ses partisans. Se moquant des menaces de poursuites judiciaires à son encontre, il met au défi ses adversaires : « Attendons mon retour, et nous verrons qui ira en prison. »
Mais derrière cette rhétorique guerrière, les conditions d’un retour de l’ancien chef d’État semblent improbables. Accusé de violations massives des droits humains – disparitions forcées, tortures, exécutions extrajudiciaires et viols –, Jammeh reste sous la menace d’éventuelles poursuites. Son retour pourrait raviver les blessures d’un passé douloureux et plonger le pays dans une crise encore plus profonde.
Un parti affaibli et des divisions internes
Son ancien parti, l’Alliance pour la réorientation patriotique et la construction (APRC), est aujourd’hui divisé. En 2021, une faction menée par Fabakary Tombong Jatta, aujourd’hui président de l’Assemblée nationale, a choisi de s’allier au Parti national populaire (NPP) de Barrow, provoquant la colère de Jammeh. Depuis, une branche dissidente, baptisée « Non à la coalition », s’est constituée, réaffirmant sa loyauté à l’ancien président en exil.
Mais cette aile fidèle à Jammeh peine à conserver son unité. Les défections vers d’autres formations politiques se multiplient, et l’ancien président tente par ses interventions de resserrer les rangs. Par son message, il cherche à garder son influence sur un parti fragmenté, tout en maintenant la pression sur l’administration Barrow.
Un réquisitoire contre Barrow
Dans son intervention, Yahya Jammeh ne s’est pas contenté de promettre son retour. Il a violemment attaqué la gestion de son successeur, l’accusant de précipiter la Gambie dans le chaos. « Autrefois, les Gambiens étaient respectés partout. Aujourd’hui, ils sont la risée du monde », a-t-il lancé. Il dénonce une insécurité grandissante, une économie en berne et un système de santé en déliquescence : « Les hôpitaux, autrefois enviés, sont devenus des morgues où des femmes meurent en couches avec leurs bébés. »
Jammeh critique également l’éducation, rappelant qu’en 2021, près de 50 000 élèves avaient abandonné l’école, ainsi que l’état des infrastructures publiques, notamment les ferries achetés sous son régime. Autant d’attaques destinées à alimenter le mécontentement populaire et à entretenir son image d’homme providentiel auprès de ses partisans.
Un exilé toujours menaçant
L’ancien président conclut son message par une mise en garde à l’égard de ses adversaires : « Le jour de notre rendez-vous arrive, et ce sera un jour de reddition de comptes. Alors restez là, ne fuyez pas. » Il défie également la Cédéao, qu’il accuse d’avoir orchestré son éviction et qui pourrait soutenir des démarches pour le juger : « Je ne tolérerai aucun chantage, d’où qu’il vienne. »
Si ses menaces restent pour l’instant des paroles en l’air, elles témoignent de l’ombre persistante que Yahya Jammeh continue de projeter sur la politique gambienne. À défaut d’un retour physique, sa voix, elle, continue de faire trembler Banjul.
La Rédaction

