La réalité des retards de salaires plonge de nombreuses sélections africaines dans une spirale de tensions et de démissions. Entre promesses non tenues, litiges devant la FIFA et situations précaires, les sélectionneurs nationaux sont de plus en plus nombreux à quitter leurs postes, fatigués d’attendre des salaires qui n’arrivent jamais.
Des départs révélateurs d’un problème systémique
Le 10 décembre, Engin Firat, sélectionneur turc du Kenya depuis trois ans, a décidé de claquer la porte. Pendant un an, il a attendu en vain ses 15 000 euros mensuels, tout comme son staff technique, qui a également démissionné. La fédération kényane pourrait désormais être condamnée à lui verser 180 000 euros, mais l’histoire est loin d’être un cas isolé.
Raoul Savoy, ancien sélectionneur de la Centrafrique, a lui aussi saisi la FIFA pour réclamer 120 000 euros d’arriérés après son limogeage en octobre. Rachid Loustèque (Somalie), Isaac Ngata (Congo) et bien d’autres vivent des expériences similaires. Patrice Neveu, ex-entraîneur du Gabon, attend depuis des mois 522 000 euros après avoir obtenu gain de cause auprès de l’instance internationale.
Ces situations révèlent un mal profond qui gangrène les fédérations africaines : l’incapacité à honorer les engagements financiers envers leurs techniciens.
Des lenteurs administratives et des conflits de responsabilité
Dans de nombreux pays, les salaires des sélectionneurs sont pris en charge par l’État. Mais entre documents manquants, relations tendues entre ministères des Sports et fédérations, et lourdeurs administratives, les retards s’accumulent.
Au Burkina Faso, Hubert Velud a attendu des mois avant de recevoir ses salaires impayés. Au Nigeria, Victor Peseiro a dû patienter près de 19 mois avant de toucher une partie de ses émoluments, amputés de taxes imprévues. Même au Sénégal, pourtant champion d’Afrique en 2022, Aliou Cissé a subi six mois de retard l’année suivante.
Ces retards sont parfois aggravés par des résultats sportifs jugés décevants, les fédérations utilisant les salaires comme levier de pression, une pratique dénoncée comme injuste et contre-productive.
Les techniciens locaux : les grands oubliés
Pour les sélectionneurs locaux, la situation est encore plus précaire. Christian N’Sengi, ancien entraîneur de la RDC, témoigne avoir travaillé près de deux ans sans percevoir son salaire intégral. Les techniciens africains, souvent moins soutenus médiatiquement, hésitent à porter plainte, de peur de compromettre leur avenir professionnel ou de se heurter à des pressions politiques.
« On joue sur la fibre patriotique pour nous faire patienter, mais cela peut nous plonger dans une véritable précarité, surtout si nous avons des charges familiales ou des crédits à rembourser », explique-t-il.
Quelques exceptions et des raisons d’espérer
Tous les pays ne sont pas touchés par ces difficultés. En Afrique du Sud, au Maroc, en Algérie ou en Côte d’Ivoire, les sélectionneurs reçoivent leurs salaires dans les temps. Même dans des fédérations aux ressources limitées, comme les Comores ou la Gambie, les engagements sont globalement respectés.
Cependant, ces cas restent l’exception. Sur un continent où le football est une passion collective, ces dysfonctionnements risquent d’entacher l’image des sélections nationales et de décourager les techniciens talentueux, locaux comme étrangers.
Une réforme urgente pour sortir de l’impasse
Pour éviter que ces crises ne se répètent, les experts appellent à une meilleure coordination entre les États et les fédérations. La mise en place de virements automatiques ou de mécanismes financiers garantis pourrait sécuriser les paiements.
Mais au-delà des solutions techniques, c’est une réforme structurelle qui s’impose. Le football africain, riche en talents et en potentiel, mérite des structures solides et transparentes. En redonnant confiance aux sélectionneurs, les fédérations pourront non seulement renforcer leurs équipes nationales, mais aussi préserver leur crédibilité sur la scène internationale.
La Rédaction

