Madagascar s’impose comme un point de passage croissant pour les migrants venus de la Corne de l’Afrique, principalement de Somalie, en quête d’un avenir meilleur à Mayotte. Depuis 2024, les autorités malgaches constatent une augmentation significative des arrivées de ces migrants, souvent interceptés avant leur départ pour l’île française située à 350 kilomètres de ses côtes.
Un itinéraire en plein essor
Longtemps concentrée autour des Comores, la migration clandestine vers Mayotte se diversifie. Des Somaliens et des Éthiopiens transitent désormais par Madagascar, un pays qui n’était jusqu’alors qu’une route secondaire. En janvier 2025, 37 migrants ont été arrêtés sur une plage de Majunga (nord-ouest) alors qu’ils tentaient d’embarquer. De précédentes arrestations avaient également eu lieu en 2024, notamment dans les régions de Sofia et d’Ambanja, proches des côtes malgaches.
Ces routes impliquent généralement des déplacements complexes. Les migrants arrivent par avion à Antananarivo, souvent après des escales en Afrique de l’Est, puis parcourent des centaines de kilomètres par voie terrestre pour rejoindre des points de départ maritimes.
Des traversées dangereuses
La traversée entre Madagascar et Mayotte, bien que plus courte que celle depuis la Somalie, reste extrêmement risquée. En novembre 2024, 48 Somaliens à bord de deux embarcations en détresse ont été secourus par des pêcheurs près de Nosy Be. Selon les témoignages recueillis, 23 passagers auraient perdu la vie lors de cette traversée de 1 500 kilomètres depuis la Somalie.
Ces incidents rappellent que, malgré les dangers, ces migrants sont prêts à tout pour atteindre Mayotte, perçue comme une porte d’entrée vers l’Europe et une alternative face à l’instabilité de leurs pays d’origine.
Pression migratoire croissante à Mayotte
La présence de migrants venus de la Corne de l’Afrique à Mayotte s’accentue. Selon l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), les demandes d’asile de Somaliens sont passées de quelques dizaines en 2021 à plus de 300 pour le seul premier semestre 2024.
Cependant, les démarches pour obtenir une protection légale restent longues et complexes. Si environ 70 % des demandeurs d’asile somaliens obtiennent le statut de réfugié ou une protection subsidiaire, une grande majorité demeure dans une situation précaire en raison de la lenteur administrative et de l’absence de solutions de retour vers la Somalie, faute d’accords bilatéraux avec la France.
Une réponse politique encore attendue
Face à cette nouvelle réalité migratoire, les autorités françaises et malgaches peinent à apporter une réponse coordonnée. En novembre 2024, des discussions ont eu lieu entre le ministre délégué chargé de la Francophonie et le ministre somalien des Affaires étrangères pour envisager des accords migratoires. Aucune décision concrète n’a encore été prise, laissant la situation inchangée.
En attendant, Madagascar, déjà confronté à ses propres défis économiques et sociaux, se retrouve à jouer un rôle inattendu dans cette crise migratoire. La pression sur Mayotte, quant à elle, ne cesse de s’intensifier, posant des questions cruciales sur la gestion de ces flux migratoires dans la région.
La Rédaction

