Une étape historique a été franchie au Vatican avec la nomination de Sœur Simona Brambilla à la tête du dicastère des instituts de vie consacrée et des sociétés de vie apostolique, un poste prestigieux réservé jusqu’ici aux cardinaux masculins. Bien que saluée comme un signe de progrès sous le pontificat du pape François, cette nomination coïncide avec la désignation d’un cardinal comme adjoint, une nuance qui interroge sur la portée réelle de cette avancée pour les femmes au sein de l’Église.
Le lundi 6 janvier 2025, le pape François a fait un geste symbolique en nommant Simona Brambilla, une religieuse italienne de 59 ans, à la direction d’un ministère clé du Vatican. Cette religieuse, ancienne infirmière et missionnaire au Mozambique, devient ainsi la première femme à diriger un dicastère de cette envergure. Cependant, ce poste de pouvoir, qui relève de l’administration suprême de la Curie, a été précédemment occupé par des cardinaux, toujours des hommes.
Sœur Simona, décrite comme modérée et conciliatrice, est bien ancrée dans les mécanismes de l’Église, ayant grimpé les échelons au sein de sa congrégation, les Sœurs missionnaires de la Consolata, avant de rejoindre la Curie. Toutefois, plusieurs observateurs, comme la vaticaniste Franca Giansoldati, soulignent une contradiction dans cette nomination. En effet, l’ajout d’un cardinal comme “pro-préfet” au côté de Sœur Brambilla soulève des questions sur la répartition réelle du pouvoir. La fonction de ce cardinal, Angel Fernandez Artime, pressenti au départ pour ce rôle, reste floue.
Caroline Pigozzi, vaticaniste et auteure, pointe du doigt cette “double nomination” comme une manière de maintenir le pouvoir entre les mains des hommes. “Il y a toujours un homme derrière”, déclare-t-elle, suggérant que la nomination de Sœur Brambilla pourrait se limiter à un rôle symbolique, avec peu de pouvoir réel, en dépit de son expérience et de ses responsabilités passées.
Les règles ecclésiastiques semblent également jouer un rôle, car, selon certains experts, seuls les prêtres peuvent prendre des décisions au nom du pape, et les femmes ne sont pas ordonnées prêtres. Ainsi, la présence d’un cardinal adjoint pourrait être perçue comme une solution pratique aux limitations imposées par la tradition de l’Église.
Cette avancée intervient dans un contexte où les femmes, bien que nombreuses dans l’Église catholique, restent largement exclues des positions de pouvoir. Selon les chiffres du Vatican, les religieuses sont bien plus nombreuses que les prêtres, mais leur accès aux fonctions décisionnelles demeure limité. De plus, bien que la nomination de Brambilla ait été saluée, elle n’est pas suffisante pour transformer fondamentalement la structure patriarcale de l’Église, comme le soulignent plusieurs experts.
La question de l’ordination des femmes, longtemps un sujet de débat, n’a pas été tranchée par le synode de 2024. Bien que des progrès aient été réalisés en matière de reconnaissance de la dignité des femmes au sein de l’Église, le chemin vers une réelle égalité semble encore semé d’embûches, avec des résistances internes notables.
La Rédaction

