Malgré leur statut de l’un des grands mammifères les plus imposants d’Afrique, les hippopotames ont longtemps été négligés par les chercheurs. Cette négligence trouve son origine dans leur difficulté d’étude et dans le danger qu’ils représentent pour ceux qui tentent de les observer. Ces animaux, vivant dans des zones humides souvent partiellement immergées, partagent leur habitat avec des populations humaines, créant ainsi un terrain propice aux conflits. Bien qu’ils soient herbivores et non prédateurs des humains, leur agressivité, notamment en milieu aquatique, fait d’eux l’un des animaux les plus dangereux pour l’homme, causant environ 500 décès annuels.
Outre leur nature territoriale et leur taille imposante, les hippopotames présentent d’autres défis pour leur gestion et leur suivi. Ils sont difficiles à calmer, risquant de se noyer lorsqu’ils sont déplacés. Cette difficulté de prise en charge, combinée à des eaux souvent troubles, rend leur observation encore plus complexe. Pourtant, ces animaux jouent un rôle écologique crucial : leur alimentation façonne la végétation autour des rivières et leurs excréments nourrissent les réseaux alimentaires aquatiques, soutenant ainsi diverses espèces.
Malheureusement, les hippopotames communs, l’une des deux espèces principales de cette famille, sont confrontés à des menaces liées aux activités humaines. L’urbanisation, le braconnage pour leur viande et leur ivoire, ainsi que les conflits avec les populations locales ont décimé leur habitat naturel. Ce déclin a entraîné une réduction drastique de leur nombre, passant de plusieurs centaines de milliers il y a un siècle à environ 130 000 aujourd’hui. Ce déclin a conduit les hippopotames à être classés comme vulnérables sur la Liste rouge de l’UICN, soulignant la nécessité urgente d’une meilleure collecte de données pour guider les efforts de conservation.
La création d’une base de données complète et standardisée sur les hippopotames est essentielle pour pallier cette lacune de connaissances. Actuellement, des cartes existantes, telles que celle de 2017 pour l’inventaire mondial des espèces, sont souvent obsolètes et imprécises. Par exemple, certaines régions ont été mal représentées, voire oubliées, comme en Namibie, où des hippopotames n’ont pas été observés depuis les années 1970.
Dans ce contexte, des initiatives ont vu le jour, comme l’étude menée par une équipe de chercheurs qui a passé en revue les registres de répartition des hippopotames en Afrique australe entre 2003 et 2023. Leur travail met en lumière une insuffisance des estimations de population et une grande disparité dans les méthodes de recensement. Une meilleure uniformisation des techniques d’enquête permettrait de garantir des comparaisons plus fiables entre les régions et d’affiner les stratégies de gestion et de conservation.
Une des découvertes majeures de cette étude est l’importance des zones de conservation transfrontalières, qui permettent aux hippopotames de se déplacer librement et de maintenir des populations génétiquement diversifiées. Le Kavango-Zambezi, un modèle de zone transfrontalière couvrant cinq pays, en est un exemple.
À ce jour, la base de données couvre principalement le tiers sud de l’Afrique, mais l’objectif est de l’étendre à l’ensemble du continent. De nombreux pays au sud du Sahara abritent encore de petites populations d’hippopotames, ou en abritaient dans le passé, ce qui souligne l’importance d’une couverture complète.
Afin de garantir l’avenir des hippopotames, il est nécessaire de conjuguer les efforts locaux et internationaux. À l’échelle locale, il convient de trouver des solutions pour concilier les pratiques agricoles et la conservation des zones humides, comme la mise en place de barrières pour éviter les conflits entre humains et hippopotames. L’éducation des populations locales sur la valeur écologique des hippopotames et les risques qu’ils peuvent représenter est également cruciale. En outre, des réintroductions dans des zones historiques, comme celles entreprises au Malawi, peuvent aider à renforcer les populations.
À un niveau plus global, il est impératif de poursuivre et d’intensifier les efforts de conservation transfrontalière, tout en développant des bases de données standardisées pour surveiller les populations d’hippopotames à travers tout le continent. Ce travail de coordination est essentiel pour garantir un avenir à cette espèce emblématique et ses écosystèmes associés.
La Rédaction

