Des retards incessants, des incidents techniques alarmants, une flotte réduite à neuf avions et une dette abyssale de 180 millions d’euros : la compagnie Air Sénégal traverse une zone de fortes turbulences. Depuis plusieurs mois, les passagers s’accumulent dans les halls d’aéroport, exaspérés, parfois blessés, et de plus en plus inquiets. Face à cette crise aiguë, l’État sénégalais tente un plan de sauvetage mêlant audit, injection de liquidités et ouverture du capital.
Des passagers à bout de nerfs
Les scènes sont devenues familières : des voyageurs assis à même le sol, bloqués pendant des heures, dénoncent les retards à répétition. « C’est récurrent, Air Sénégal est coutumier des faits », témoigne un passager après une annulation soudaine. Mais la goutte d’eau pourrait bien être l’incident survenu dans la nuit du 8 au 9 mai 2024 : un Boeing 737 à destination du Mali a dû faire demi-tour peu après le décollage, victime d’une panne du système hydraulique. Bilan : 11 blessés.
Une compagnie en chute libre
Pour Ciré Gaydel Lô, expert en économie des transports aériens, Air Sénégal cumule handicaps structurels et conjoncturels. Faible positionnement sur le marché, branding quasi inexistant, modèle économique dépendant des subventions publiques… La compagnie n’inspire ni confiance ni ambition. « Cette dépendance entrave toute trajectoire financière crédible », déplore-t-il.
Une dette qui menace l’explosion
Le Premier ministre Ousmane Sonko a dressé un constat glaçant : malgré un soutien public massif de 276 millions d’euros depuis 2018, Air Sénégal affiche des pertes cumulées de plus de 220 millions d’euros sur deux exercices (2022 et 2023). Pis : une dette de 180 millions d’euros pèse sur les épaules de la compagnie. En cause, notamment, 152 millions d’euros dépensés en leasing d’avions. L’un des créanciers, la société américaine Carlyle Aviation, a déjà obtenu l’autorisation judiciaire de saisir quatre appareils.
Une relance timide… mais vitale
Lancé en 2022, le plan de relance de la compagnie n’a été réalisé qu’à 5 %. Aujourd’hui, le gouvernement sénégalais injecte 24,3 millions d’euros et annonce l’apurement des dettes d’exploitation d’ici juin 2025. Un audit complet est également prévu, tout comme la reconstitution des fonds propres. Mais pour beaucoup, cela ne suffira pas.
Vers une privatisation partielle ?
Dans ce contexte, l’État envisage désormais d’ouvrir le capital d’Air Sénégal à des investisseurs privés. Ciré Gaydel Lô y voit une nécessité stratégique : « Cette ouverture doit être pensée avec rigueur, en prenant en compte la souveraineté nationale et l’ambition régionale. » Entre survie économique et contrôle public, le ciel d’Air Sénégal reste encore très incertain.
La Rédaction

