En pleine guerre civile, le Musée national du Soudan à Khartoum, réputé pour son exceptionnelle collection retraçant des millénaires d’histoire, a été victime de pillages. Ce musée, emblématique de l’héritage soudanais, abrite des artefacts rares, témoins des civilisations qui ont prospéré entre le Sahara et le Sahel, notamment la cité antique de Kerma et l’empire koushite.
Parmi ses trésors figurent des temples, des statues colossales, des fresques chrétiennes médiévales, ainsi que des inscriptions méroïtiques et islamiques, révélant la richesse culturelle et religieuse du pays. Cependant, depuis avril 2023, alors que les Forces de soutien rapide (RSF) affrontent l’armée nationale, ce haut lieu de la mémoire historique est devenu une cible.
Des trésors en danger
Le musée, situé en pleine zone de conflit et sous contrôle des RSF, est exposé à des risques majeurs. Une vidéo diffusée en juin 2023 montrait des combattants s’introduisant dans le laboratoire bioarchéologique pour manipuler des restes humains anciens. Beaucoup d’artefacts, précieusement emballés dans des réserves lors de rénovations, sont désormais introuvables, leur sort incertain.
Ces actes constituent une violation flagrante du droit international, qui protège les musées en temps de guerre. Pourtant, des objets pourraient déjà être exportés illégalement vers des marchés d’antiquités en Europe, en Asie ou aux États-Unis, suivant des circuits clandestins. Les plus petites pièces risquent d’être vendues en ligne, rendant leur récupération encore plus difficile.
Une perte irréparable pour l’identité soudanaise
Le Dr Ikhlas Abdel Latief, directrice des musées soudanais, exprime une profonde tristesse face à ce désastre. Selon elle, le pillage de ces collections, qui incarnent l’histoire et l’identité nationale, est une attaque directe contre la fierté du peuple soudanais. Elle rapporte également que trois camions remplis d’objets volés ont été interceptés au Soudan du Sud, bien que seule une statue ait été récupérée.
Des statues funéraires, souvent fragiles, font partie des biens les plus vulnérables. Leur mauvaise manipulation pourrait entraîner des pertes irréversibles. Cette situation rappelle les destructions similaires perpétrées ailleurs, comme en Irak, lorsque des combattants de l’État islamique ont pillé le musée de Mossoul en 2014.
Une mobilisation internationale urgente
Face à ces événements, l’ONU a fermement condamné ces pillages, appelant au respect du patrimoine culturel. Elle invite également les acteurs du marché de l’art à boycotter l’achat d’antiquités d’origine douteuse. Parallèlement, des efforts de coopération internationale, incluant l’Unesco et Interpol, sont en cours pour identifier et rapatrier les objets volés.
Cependant, avec des combats toujours proches du musée et des informations limitées, l’ampleur exacte des dommages pourrait n’être révélée que bien plus tard. Ce drame met en lumière les ravages des conflits armés sur l’héritage culturel, soulignant l’urgence de protéger ces trésors uniques, reflets de l’histoire collective de l’humanité.
La Rédaction

