Les aires marines protégées (AMP) sont souvent perçues comme un moyen de préserver les écosystèmes marins, mais leurs impacts positifs sur l’économie, notamment en matière de pêche et de tourisme, sont parfois mis en doute. Pourtant, une étude récente, qui a analysé 81 publications provenant de 37 pays, démontre que la création d’AMP a conduit à des améliorations notables dans ces secteurs. Elle a constaté des effets bénéfiques pour la pêche commerciale dans 25 pays et pour le tourisme dans 24 autres, couvrant une large gamme d’écosystèmes marins, des récifs coralliens aux mangroves en passant par les forêts de varech.
Les recherches montrent que les pêcheries situées à proximité d’AMP profitent de stocks de poissons accrus, d’une meilleure reproduction et d’un « débordement » larvaire qui bénéficie aux zones de pêche extérieures à l’AMP. Certaines études ont même observé des poissons et homards de plus grande taille près des zones protégées. Bien que certains s’inquiètent d’une possible réduction de l’activité des pêcheries suite à la mise en place d’AMP, les résultats indiquent que les bénéfices à long terme dépassent les perturbations temporaires.
Les modèles économiques qui estiment les coûts des AMP pour les pêcheries ne prennent souvent pas en compte les bénéfices écologiques découlant de la protection. Dans l’ensemble, l’analyse des effets des AMP révèle que celles qui interdisent totalement la pêche sont plus efficaces, avec des coûts de gestion plus faibles et des avantages écologiques et économiques supérieurs par rapport aux régulations de pêche complexes.
Les AMP, qui agissent comme des réservoirs naturels pour reconstituer les stocks halieutiques, démontrent également que la restriction totale de la pêche dans une zone peut entraîner une augmentation des poissons dans les zones avoisinantes. C’est une forme d’investissement dont les bénéfices pour la pêche et les communautés locales sont visibles sur le long terme.
Les AMP ne profitent pas seulement à la pêche, elles ont aussi un potentiel énorme pour générer des revenus touristiques. Les zones protégées, qui sont souvent des habitats biologiquement diversifiés, attirent des visiteurs et peuvent générer des millions, voire des milliards de dollars annuellement. Ces revenus proviennent des droits d’entrée, des entreprises locales en plein essor, et de la création d’emplois, contribuant ainsi à l’économie locale et au PIB national. De plus, les AMP qui interdisent toute extraction de la faune marine ont montré qu’elles apportent les plus grands bénéfices, tant pour la biodiversité que pour les économies locales.
L’histoire des réserves marines en Nouvelle-Zélande illustre bien ces avantages. Dès les années 1970, le biologiste Bill Ballantine a défendu l’idée radicale de zones protégées interdites à la pêche, un principe qui a conduit à la création de la première réserve marine du pays. Aujourd’hui, bien que moins de 3 % des océans soient protégés, les bénéfices de ces réserves démontrent l’importance d’aller au-delà des idées préconçues sur les coûts de la protection.
Les AMP sont une stratégie rentable, accessible et efficace, capable de préserver la biodiversité marine, de stimuler la pêche durable et de favoriser le développement économique des communautés côtières. Elles représentent l’une des meilleures solutions pour inverser le déclin des pêcheries mondiales et préserver les écosystèmes marins. Pour réussir, scientifiques, pêcheurs et gestionnaires doivent collaborer afin de mettre en lumière l’efficacité économique de ces zones protégées et encourager leur développement à l’échelle mondiale.
La Rédaction

