Un robot humanoïde initié au temple Jogyesa pour incarner un « bouddhisme branché »
À Séoul, le Temple Jogyesa a procédé début mai 2026 à une cérémonie d’initiation inédite : celle d’un robot humanoïde nommé Gabi, intégré symboliquement à l’ordre bouddhiste Jogye, la principale branche du bouddhisme sud-coréen.
Pensé comme un outil de modernisation et de communication, ce robot incarne la volonté des autorités religieuses de toucher un public plus jeune dans un pays où la pratique bouddhiste recule fortement depuis plusieurs années.
Une cérémonie calquée sur les rites traditionnels

Sous des lanternes suspendues, Gabi a été présenté aux moines dans un rituel inspiré des ordinations classiques. Le robot, vêtu d’une robe grise et safran, a été doté de symboles religieux, dont un chapelet de 108 perles, et a reçu un certificat d’initiation mentionnant sa date de fabrication, le 3 mars 2026.
Selon plusieurs médias internationaux, le rituel a été adapté à sa nature artificielle : certaines étapes symboliques destinées aux humains ont été remplacées par des équivalents mécaniques ou visuels.
Le robot a également été programmé pour répondre à des formules rituelles, affirmant notamment son engagement à servir le bouddhisme.
Un “moine” artificiel aux capacités limitées
Gabi repose sur la plateforme humanoïde G1 développée par Unitree Robotics. Mesurant environ 1,30 mètre, il s’agit d’un modèle commercial dont le prix est estimé à environ 13 500 dollars, soit près de 8,1 millions de francs CFA
Malgré la mise en scène religieuse, les responsables du projet insistent sur le caractère symbolique de l’initiative. Gabi n’a ni autonomie spirituelle ni vocation à remplacer les moines humains, mais sert d’outil de médiation technologique et de communication.
Même ses gestes les plus simples, comme joindre les mains en prière, ont nécessité des ajustements techniques, selon les responsables du temple.
Le “bouddhisme branché” face à la baisse de la pratique religieuse

Cette initiative intervient dans un contexte de déclin de la pratique bouddhiste en Corée du Sud. Selon plusieurs études citées par la presse internationale, la part de Sud-Coréens se déclarant bouddhistes est passée d’environ 23 % en 2005 à près de 16 % aujourd’hui, avec une chute encore plus marquée chez les jeunes adultes.
Face à cette érosion, les institutions religieuses multiplient les stratégies de modernisation : applications de méditation, campagnes numériques et événements culturels destinés aux jeunes générations. Ce mouvement est désormais décrit localement comme un « bouddhisme branché ».
Une expérimentation à la frontière du spirituel et du technologique
Pour les responsables du temple, Gabi s’inscrit dans une démarche plus large visant à interroger la place de l’intelligence artificielle dans les traditions spirituelles.
L’objectif affiché n’est pas de remplacer la dimension humaine du culte, mais de créer un point d’entrée vers les temples pour un public peu familier des pratiques religieuses.
Dans les prochains jours, Gabi doit participer au défilé des lanternes du Lotus à Séoul aux côtés d’autres robots symboliques intégrés à la cérémonie.
La Rédaction

