Depuis le 15 avril 2023, la capitale du Soudan, Khartoum, est l’épicentre des combats entre les Forces armées soudanaises du général Bourhane et les paramilitaires des Forces de soutien rapide du général Hemedti. L’ONU continue d’indiquer un bilan de 25 000 morts, la guerre aurait fait dans tout le pays plus de 150 000 victimes civiles dans les bombardements, les massacres et en comptant les morts de faim et de maladies, des viols, des dégâts matériels qui ont causé l’exode de plus de moitié de la population.
Selon un rapport de l’ONU, les Forces de soutien rapide sont tenues responsables de la grande majorité des violences sexuelles faites aux femmes dans les sillages de la guerre entre les deux armées du Soudan. A Omdurman, une victime a témoigné, une jeune femme de 28 ans. Le 14 janvier 2024, elle est enlevée par trois soldats des Forces de soutien rapide. Au prétexte que son oncle travaille dans les douanes, elle est accusée de collaboration avec l’armée régulière. « Ils m’ont emmenée dans une maison obscure. Il était minuit et demi environ. C’était très sombre, mais je pouvais sentir l’odeur du sang. Après m’avoir frappée, ils m’ont traînée par la jambe dans les escaliers jusqu’au deuxième étage. Le plus gradé d’entre eux est venu à moi. Il m’a dit : “Tu collabores avec l’armée. Je vais te violer pour jeter la honte sur ton oncle”. J’ai dit que j’étais tout juste mariée, que j’étais encore vierge. Il a dit : “Je ne connais pas ce mot”. Il m’a violée, pleure la jeune femme. Il est redescendu. Le deuxième soldat est monté, puis le troisième ». Ce qui est le cas de milliers d’autres. Selon le site PressafrikTV, les paramilitaires ont organisé un trafic d’esclaves sexuelles à travers le pays. Des centaines de femmes ont été vendues sur des marchés au Darfour.
A cause des combats qui se poursuivent, il n’existe aucune statistique fiable. Selon plusieurs enquêtes, menées notamment grâce à des images satellites, tous les cimetières de la capitale sont pleins, des fosses communes ont été creusées et des corps enterrés à même les maisons. Les funérailles s’enchainent. Le doyen des fossoyeurs, Abdeen Dirma, ne les comptent plus : « On se trouve à l’extérieur du cimetière ! À l’intérieur, il n’y a plus de place. Alors, on est venu creuser là, sur ce terrain vague. Ici, les jeunes venaient jouer au foot, maintenant, c’est couvert de tombes. Ces derniers jours, on enterre de plus en plus de morts tués par des tirs d’artillerie. Aujourd’hui, on creuse depuis la prière du matin. C’est tous les jours comme ça. On fait entre 15, 20, 30 enterrements quotidiens. On ne dort plus, de jour comme nuit. » A cause des combats qui compliquent les déplacements, la plupart des morts ne passent ni à l’hôpital ni à la morgue. « Quand il y a des batailles, des combats, les morts sont enterrés là où ils ont été tués. Les gens creusent à la va-vite pour que les cadavres ne pourrissent pas et répandent des maladies. Il y en a des tonnes. C’est impossible de compter. Les places, les maisons sont remplies de corps ».
Cette guerre qui dure depuis 19 mois au Soudan a créé la pire crise humanitaire au monde, avec des milliers de personnes menacées de famine.
Jeudi 14 novembre, Amnesty International a déclaré que la milice des Forces de soutien rapide (RSF), qui combat l’armée, utilisait au Darfour des véhicules fournis par les Émirats arabes unis (EAU) et équipés de matériel français. L’Organisation ajoute que le gouvernement français doit veiller à ce que les entreprises « cessent immédiatement de fournir ce système aux Émirats arabes unis ».
La Rédaction
Soudan. Le bilan insoutenable d’une guerre sans fin
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