La réforme constitutionnelle de 2024, qui a instauré la Ve République au Togo, continue de diviser profondément le pays.
En modifiant le système politique, notamment en passant d’un régime présidentiel à un régime parlementaire, et en supprimant l’élection présidentielle au suffrage universel direct, la nouvelle Constitution a été perçue par une partie de l’opposition comme un moyen de maintenir l’influence du pouvoir en place sans limitation de mandat. Ce changement, adopté sans référendum, a été l’objet de vifs débats, notamment sur la manière dont il pourrait selon certains assurer un maintien durable au président Faure Gnassingbé au pouvoir.
La réforme constitutionnelle : un changement critiqué par une partie de l’opposition
L’une des principales préoccupations des partis d’opposition est la concentration des pouvoirs entre les mains de la majorité présidentielle. Le président, qui ne sera plus élu directement par le peuple, sera désormais, eu égard aux résultats issus des élections législatives, désigné par un Parlement majoritairement contrôlé par le parti Unir.
De nombreux leaders de l’opposition, tels que Brigitte Kafui Adjamagbo Johnson, Nathaniel Olympio, et Jean-Pierre Fabre, considèrent ce changement comme un « coup d’État constitutionnel » qui fragilise davantage la démocratie togolaise.
Brigitte Kafui Adjamagbo Johnson, coordinatrice de la Dynamique pour la Majorité du Peuple (DMP), a réaffirmé son opposition à ce système, soulignant que sa participation à l’Assemblée nationale n’était qu’un moyen de continuer à dénoncer cette réforme et à rappeler que la majorité du peuple ne soutient pas cette réorganisation des pouvoirs. « Je suis là pour dire au pouvoir que le peuple n’accepte pas ce changement. Je ne contribuerai pas à la mise en place des institutions de cette Ve République », déclare-t-elle.
Des partis d’opposition plus ouverts au dialogue
Cependant, tous les partis de l’opposition ne partagent pas cette approche radicale. Le Mouvement Patriotique pour le Développement Démocratique (MPDD) de Jonas Siliadin, ainsi que d’autres formations politiques, ont pris acte de la nouvelle Constitution et ont exprimé leur volonté de travailler dans un esprit de coopération pour l’intérêt général. Ces partis estiment que la situation actuelle exige une approche pragmatique et souhaitent participer à la construction de l’avenir politique du pays, même au sein d’un système qu’ils jugent imparfait.
Cette approche contraste avec celle des partis plus conservateurs comme la DMP, l’ANC de Jean-Pierre Fabre et le mouvement Touche pas à ma Constitution, qui rejettent fermement la réforme et militent pour un retour à un système plus démocratique et plus transparent. Selon eux, le changement constitutionnel n’est qu’un outil pour verrouiller le pouvoir et empêcher toute véritable alternance démocratique.
Une opposition divisée, mais un objectif commun
Bien que l’opposition soit divisée sur la manière d’aborder cette réforme, l’objectif reste globalement le même : obtenir un changement qui assure une alternance démocratique réelle et un renforcement des libertés publiques. Les partis plus modérés, comme le MPDD, privilégient le dialogue et une approche constructive, tandis que les partis plus radicaux, tels que la DMP et le mouvement Touche pas à ma Constitution, préfèrent une résistance plus marquée, en dénonçant ce qu’ils appellent une concentration excessive du pouvoir.
Pour l’opposition, l’enjeu majeur est de garantir que les institutions respectent réellement les aspirations démocratiques du peuple togolais. Même si les divergences de stratégie existent, les partis de l’opposition s’accordent sur la nécessité d’une gouvernance qui soit véritablement représentative des intérêts de la population et qui permette une alternance politique pacifique et transparente.
Des tensions visibles, mais un appel au respect des libertés
Les tensions politiques au Togo se manifestent aussi dans les rassemblements publics et les manifestations, avec des accusations de restrictions aux libertés de manifestation. L’opposition dénonce la difficulté d’organiser des réunions publiques sans crainte de représailles, une situation exacerbée par la loi sur la liberté de manifester, jugée trop contraignante. Des incidents comme celui du 29 septembre, où une réunion de l’opposition a été interrompue et plusieurs personnes blessées, soulignent les défis auxquels sont confrontés les partis politiques dans leurs efforts pour exercer leurs droits démocratiques.
L’opposition demande des enquêtes transparentes et indépendantes sur ces événements et exige la fin de l’impunité qui, selon elle, favorise un climat d’insécurité politique. Cependant, certains partis estiment que, malgré les obstacles, il est essentiel de continuer à participer au processus politique et de promouvoir la démocratie dans un esprit de responsabilité.
Une opposition plus plurielle face à l’avenir politique du Togo
Au Togo, l’opposition, bien que divisée entre stratégies de dialogue et de résistance, reste déterminée à influencer l’avenir politique du pays. Si certains partis choisissent la voie de l’engagement dans les institutions malgré leurs désaccords avec la réforme, d’autres poursuivent leur combat pour un retour à une gouvernance plus démocratique, sans concentration excessive du pouvoir.
Cette pluralité au sein de l’opposition ne signifie pas pour certains au sein même de l’opposition une faiblesse, mais plutôt une variété de tactiques pour parvenir à un objectif commun : un Togo plus démocratique, où les choix politiques sont réellement faits par le peuple. Ce qui évidemment n’est pas vu d’un bon œil par d’autres responsables de l’opposition qui privilégient une stratégie plus unitaire. Les prochains mois et années seront décisifs pour la politique togolaise, et l’opposition continuera de jouer un rôle clé dans ce processus, avec l’espoir de parvenir à une alternance politique.
D. FONEYE

