Dans les plaines de la préfecture d’Assoli, au nord du Togo, une femme redéfinit les usages du bois. À Abotaria, Moufida, agricultrice de métier, a trouvé une manière ingénieuse de produire du charbon sans toucher aux forêts vivantes.
Pas de hache, pas de tronçonneuse. Son bois, elle le puise dans ce que la terre rejette après le passage des machines agricoles : racines arrachées, troncs oubliés, branches épaisses extraites des champs labourés. Autant de restes que personne ne regarde, sauf elle.
Elle les collecte, les empile, puis lance un processus de carbonisation traditionnel, soigneusement maîtrisé. Trois jours plus tard, le tas s’est transformé en charbon de bois prêt à être mis en sac. Il lui en faut trois pour remplir un sac de 100 kg, qu’elle vend sur les marchés de la région à 5 000 francs CFA l’unité. Chaque mois, elle écoule jusqu’à six sacs — une activité modeste, mais régulière, qui lui permet de faire vivre sa famille.
Une solution locale à un défi global. En misant sur les résidus plutôt que sur l’abattage, Moufida réduit la pression sur les forêts naturelles, tout en prouvant qu’il est possible d’allier revenu et préservation des ressources. Une démarche à la fois pragmatique et écologique, née au cœur d’une région confrontée à l’appauvrissement des sols et à la raréfaction du bois.
Loin des discours officiels, son geste quotidien parle d’adaptation, de survie et d’intelligence du terrain. Dans la Kara, le charbon peut désormais porter l’empreinte d’un développement durable, pensé depuis la terre, par ceux qui la cultivent.
La Rédaction

