Au Soudan, le conflit qui ravage le pays depuis plus d’un an a transformé le corps des femmes en véritable champ de bataille. Dans un contexte où le harcèlement, les viols, les mariages forcés, les enlèvements et l’esclavage se multiplient, des dizaines de milliers de victimes subissent les effets de cette violence extrême. Utilisé comme une “tactique de guerre” par les deux camps, le viol est devenu une arme pour briser l’ennemi en s’attaquant aux femmes, dans un climat de violence sexiste d’une ampleur sans précédent.
Des scènes de détermination se déroulent dans des centres d’entraînement comme celui de Hay El-Shati, à Omdourman, où une centaine de femmes, vêtues d’abayas noires et de foulards émeraude, s’alignent pour s’initier à la discipline militaire. Dans la cour d’une ancienne école primaire transformée pour l’occasion, le drapeau soudanais flotte, déchiré mais résistant. Sur le sol poussiéreux, ces aspirantes soldates s’entraînent au maniement des armes, au karaté et au tir sous la direction d’anciens officiers de retour au service, répondant ainsi à l’appel de la guerre.
Ces sessions d’entraînement, qui se déroulent cinq fois par semaine pendant trois heures par jour, témoignent d’une mobilisation féminine sans précédent. Face à l’intensité du conflit, les Forces armées du Soudan (FAS), sous le commandement du général Abdel Fattah Abdelrahman Al-Bourhane, et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohammed Hamdan Daglo, alias “Hemetti”, ont chacun érigé des dizaines de centres de formation similaires. Dans les zones tenues par l’armée, cette mobilisation s’accentue, avec des milliers de recrues féminines prêtes à défendre leur territoire et leur dignité.
Au-delà des scènes de formation militaire, le quotidien des femmes soudanaises est marqué par une violence omniprésente. Les récits glaçants de femmes kidnappées, réduites en esclavage, ou encore vendues comme épouses forcées s’accumulent, dénonçant une guerre qui dépasse les combats de terrain. Dans cette réalité brutale, le corps des femmes est devenu un moyen d’atteindre l’ennemi en infligeant des souffrances individuelles et collectives.
Alors que l’avenir du pays reste incertain, la résilience des femmes soudanaises prend des formes variées. Certaines rejoignent les rangs militaires pour répondre aux attaques et protéger leurs communautés ; d’autres résistent par leur seule survie, malgré les traumatismes et les violences subies. Ces femmes sont devenues les symboles d’une lutte acharnée, non seulement pour la survie de leur pays, mais aussi pour la défense de leur intégrité et de leur liberté dans une guerre où leurs corps sont des terrains de résistance autant que de violence.
La Rédaction

