Face à la réorientation de sa politique en Afrique, la France vise désormais une “nouvelle relation” axée sur la “société civile”. Cependant, ce concept vague manque encore de clarté et laisse de nombreuses questions en suspens.
Lors de l’Assemblée générale des Nations Unies, le président Emmanuel Macron a évoqué ce “nouveau partenariat” en gestation depuis deux ans. Alors que l’Afrique de l’Ouest est ébranlée par des menaces terroristes, notamment au Sahel, la déclaration de succès français dans cette lutte semble décalée face à la réalité sécuritaire du terrain. Ce contraste entre le discours officiel et la situation sur le terrain souligne les défis d’une diplomatie en mutation, tournée vers la société civile et visant à rompre avec les schémas passés.
Le sommet Afrique-France de 2021 à Montpellier marque ce virage stratégique : la France exclut pour la première fois les chefs d’État africains, mettant en avant la société civile africaine comme nouvelle interlocutrice. Pourtant, ce changement de cap, bien qu’audacieux, reste teinté d’ambiguïté. L’inclusion de la société civile dans les relations internationales évoque une approche universaliste inspirée par les théories de gouvernance globale de l’Occident. Certains chercheurs, tel Bénédicte Fischer, mettent en garde contre les dangers d’une universalisation de la “société civile”, concept adapté à l’Occident mais difficilement transposable sans adaptation dans le contexte africain, marqué par des réalités sociétales distinctes.
La “société civile” se présente en effet comme un contre-pouvoir à l’État, un élément que la France semble privilégier dans son approche africaine. Cependant, cette vision, inspirée de modèles occidentaux de démocratie et d’organisation, peut-elle répondre aux besoins spécifiques de l’Afrique ? Le sociologue Kako Nukukpo souligne d’ailleurs que le sommet de Montpellier, en écartant les dirigeants africains, risque d’apparaître comme un acte de contestation politique des régimes africains en place, plutôt que comme une tentative sincère de partenariat équitable.
Avec cette approche, la France tente de se repositionner, mais au prix d’un dialogue délicat, où le concept même de “société civile” peut susciter des malentendus. Tandis que d’autres puissances, comme la Russie, la Chine ou la Turquie, se renforcent en Afrique, l’enjeu pour la France est de trouver une approche respectueuse des spécificités africaines, qui soit fondée sur des engagements concrets plutôt que des slogans.
La Rédaction

