La récente intensification des bombardements sur Tyr soulève des questions cruciales sur l’impact des frappes israéliennes sur le patrimoine archéologique de la région. Des experts partagent leurs préoccupations concernant la sécurité des sites historiques.
Un responsable de la Direction générale des antiquités (DGA), qui a souhaité rester anonyme, a déclaré à L’Orient-Le Jour : « Les quartiers adjacents au site de Tyr sont en train d’être réduits en ruines par les frappes aériennes. Les bâtiments patrimoniaux n’ont pas été épargnés et ont été détruits jusqu’au sol. » Il a souligné qu’une analyse approfondie sera nécessaire pour évaluer les dégâts subis par les monuments archéologiques à proximité, mais que, en raison des bombardements incessants, il est actuellement impossible pour les archéologues de se rendre sur le terrain.
Tyr, cette grande cité phénicienne, fondatrice de comptoirs comme Cadix et Carthage, abrite deux sites distincts : al-Mina, sur le promontoire, et el-Bass. Le site al-Mina renferme des vestiges significatifs, tels que des thermes publics de l’époque romaine et byzantine, ainsi qu’une arène datant du Ier siècle après J.-C., la seule de forme rectangulaire au monde. De son côté, el-Bass, qui était l’entrée principale de la ville dans l’Antiquité, présente des ruines remarquables, dont un arc de triomphe romain et un aqueduc.
Malgré leur inscription au patrimoine mondial, ces sites sont aujourd’hui menacés non seulement par la violence des conflits mais aussi par l’indifférence mondiale, comme le souligne le représentant de la DGA.
En ce qui concerne la Békaa, qui abrite 546 sites archéologiques, la situation est également préoccupante. L’archéologue Assaad Seif, directeur d’Icomos-Liban, indique que même les frappes éloignées peuvent avoir des répercussions sur les vestiges fragiles. « La structure de ces sites n’est pas suffisamment solide pour supporter les ondes de choc générées par les explosions. Je crains qu’il y ait des dégâts », prévient-il. Hani Kahwagi, ingénieur spécialisé dans les monuments archéologiques, ajoute que les dommages varient en fonction de la proximité des frappes, et que seul un scanner laser pourrait fournir une évaluation précise.
Hélène Sader, professeure d’archéologie à l’Université américaine de Beyrouth, met également en lumière les menaces pesant sur les sites archéologiques souvent non répertoriés et soumis à l’urbanisation. Elle relate un incident où un site d’importance historique a été inaccessible en raison de pressions politiques, ce qui témoigne de la vulnérabilité du patrimoine culturel.
Concernant Baalbeck, Laure Salloum, archéologue en charge de la ville antique, rassure : « Jusqu’à présent, la cité des géants résiste aux frappes. Cependant, si les bombardements se poursuivent, le patrimoine culturel sera également en danger. » Avec des constructions romaines remarquables, comme les temples de Bacchus et de Jupiter, Baalbeck est un site archéologique majeur.
Corine Yazbek, archéologue, alerte sur les effets néfastes des explosions sur les fondations des monuments. Elle déplore également la décision controversée du ministre sortant de la Culture de retirer le « bouclier bleu », symbole de protection des biens culturels en temps de conflit. Cette décision a suscité des inquiétudes quant à la protection des sites historiques dans le contexte actuel de tensions géopolitiques.
La Rédaction

