Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire, a été le théâtre de vastes opérations de déguerpissement touchant plusieurs de ses communes. Ces initiatives visaient à libérer les espaces publics et à sécuriser les quartiers jugés précaires ou à risque. Pourtant, plusieurs mois après ces interventions, la situation des sites évacués et celle des personnes déplacées restent controversées.
Pour de nombreux habitants, les conséquences de cette politique d’urbanisation sont lourdes. La libération des terrains pour de nouveaux projets et la lutte contre le “désordre urbain” ont entraîné la destruction de plusieurs quartiers et de nombreux commerces informels, laissant un sentiment d’abandon chez les personnes impactées. Les quartiers de Gesco, Banco, Boribana, ainsi que des marchés emblématiques tels qu’Abobo et Port Bouet-abattoir, ont tous été touchés. Pour comprendre les effets de ces évacuations, un tour dans les lieux évacués et les zones de relogement provisoire révèle un tableau mitigé.
Aujourd’hui, parcourir les boulevards de Nangui Abrogoua ou les rues du village d’Agban donne une impression de vide, tant les opérations ont marqué les lieux. Dans certaines parties de la ville, de grands projets immobiliers émergent. On y voit des bâtiments en construction, des gares routières modernes, des espaces verts et des parcs en développement, témoignant d’une volonté de modernisation de la capitale économique ivoirienne.
Des réalisations contrastées : entre modernité et friches abandonnées
Certaines des anciennes zones déguerpies connaissent un renouveau positif. À Adjamé, par exemple, une nouvelle gare routière est en cours de construction, visant à désencombrer la commune. De même, le site du Banco, autrefois marché informel, connaît une transformation significative avec des travaux de réaménagement en cours. “C’est impressionnant de voir ces changements, c’est agréable à regarder, même si tout n’est pas encore achevé,” s’enthousiasme Youhan Bi Joël, un résident d’Attécoubé.
Cependant, ces projets de modernisation restent minoritaires par rapport à l’ampleur des démolitions. Beaucoup de sites, au lieu d’accueillir de nouvelles infrastructures, se transforment en terrains vagues envahis par les mauvaises herbes et les déchets. Les habitants, comme Assi Ulrich, vendeur ambulant, déplorent le manque de suivi des autorités. “Ces espaces sont laissés à l’abandon, sans aucune perspective de développement concret. Cela augmente le sentiment d’injustice parmi la population,” regrette-t-il.
Promesses de progrès, réalité amère pour les petits commerçants
Pour de nombreux commerçants, la situation est encore plus critique. Sawadogo Ibrahim, vendeur de pièces détachées, décrit la frustration de ceux qui ont vu leurs boutiques détruites sans réelle solution de relogement à des tarifs abordables. “On nous promettait des routes élargies, mais ce sont de nouveaux magasins à louer à des prix exorbitants qui apparaissent. Nous, les petits commerçants, sommes complètement écartés,” dénonce-t-il, accusant les autorités d’opportunisme et de manque de transparence.
À Adjamé-village, les opérations ont suscité une réaction particulièrement vive, entraînant des manifestations et des violences. Aujourd’hui, l’espace déserté par les maisons et commerces démolis sert temporairement de parking, en attendant la poursuite des travaux pour le 4ème pont qui traversera cette zone.
Un avenir incertain pour les espaces libérés
Les autorités ivoiriennes continuent de promettre des plans de réaménagement ambitieux, avec des équipements modernes et des infrastructures publiques. Toutefois, la lenteur de la mise en œuvre et le manque de concertation avec les habitants alimentent frustrations et scepticisme. Pour beaucoup, il ne suffit pas de libérer les terrains ; encore faut-il que ces espaces servent réellement à améliorer la vie des communautés locales.
Ainsi, les déguerpissements d’Abidjan dessinent un contraste frappant entre les promesses d’une ville moderne et les réalités parfois décevantes sur le terrain. Bien que des avancées notables aient été faites, une meilleure planification urbaine et une gestion plus inclusive semblent indispensables pour garantir que ces transformations bénéficient à tous les habitants de la capitale.
La Rédaction

