À travers le Ghana, les petites villes connaissent une croissance démographique rapide, transformant peu à peu le visage urbain du pays. Pourtant, cette expansion n’est pas accompagnée d’une planification environnementale adaptée, laissant ces localités vulnérables à des risques écologiques croissants. Somanya, ville moyenne de la région de l’Est, incarne à elle seule cette urbanisation déséquilibrée, où infrastructures vétustes, pollution industrielle et déforestation se conjuguent pour fragiliser l’avenir.
Un développement rapide mais mal encadré
Alors que l’attention se porte généralement sur Accra ou Kumasi, des dizaines de petites villes comme Somanya voient leur population grimper en flèche. Entre 2010 et 2021, Somanya est passée de 88 000 à 122 000 habitants. L’urbanisation y avance à grands pas, mais sans les équipements nécessaires ni une gouvernance suffisamment outillée pour anticiper les transformations du paysage.
Le phénomène est symptomatique d’un déséquilibre structurel : la majorité des ressources et financements restent concentrés dans les grandes métropoles. Les petites villes, elles, peinent à obtenir une part équitable des soutiens étatiques, ce qui compromet leur capacité à faire face aux défis environnementaux.
Somanya, une ville au bord du désastre écologique
L’étude conduite par plusieurs chercheurs internationaux dans la ville de Somanya révèle un tableau alarmant. Le couvert végétal diminue, les écosystèmes s’effondrent, et les infrastructures — notamment les systèmes de drainage et de traitement des déchets — sont inexistants ou inefficaces.
Les flancs des collines autrefois boisées ont été rasés pour faire place à des projets immobiliers ou des plantations commerciales. Sans cette végétation, la ville est désormais exposée à des inondations plus fréquentes et plus violentes. La pollution liée aux carrières et à l’exploitation minière artisanale ajoute une couche toxique à cette crise silencieuse : poussières dans l’air, ruissellements chimiques, maladies respiratoires…
La situation sanitaire est aggravée par l’incapacité des infrastructures à suivre le rythme. Égouts bouchés, gestion des déchets rudimentaire, absence de traitement des eaux usées : autant de conditions propices à la prolifération de maladies hydriques.
Une gouvernance impuissante
Les autorités locales à Somanya fonctionnent avec des moyens très limités. Dépendantes de décisions prises à Accra, elles dénoncent un traitement inégal et une marginalisation politique. Ce manque d’autonomie rend impossible toute planification à long terme. Sans soutien budgétaire ni continuité politique, les initiatives environnementales restent des vœux pieux.
« Nous vivons dans l’attente perpétuelle des miettes », confie un élu local. Ce sentiment de relégation alimente la frustration des résidents et accentue la déconnexion entre l’État et les réalités du terrain.
Un appel à la refonte de la planification urbaine
Les chercheurs recommandent un changement de paradigme : les petites villes doivent être intégrées pleinement aux stratégies de développement durable, au même titre que les grandes. Cela implique une approche participative, associant urbanistes, institutions, ONG et surtout les communautés elles-mêmes.
Des modèles comme celui du village de Koa Hill aux Îles Salomon — où les habitants ont conçu eux-mêmes des solutions environnementales adaptées — offrent des pistes d’inspiration. Car au fond, ce sont les citoyens qui détiennent la connaissance la plus fine de leurs territoires et des risques qui les guettent.
Une alerte pour l’ensemble du continent
Le cas de Somanya résonne bien au-delà des frontières ghanéennes. À mesure que l’Afrique s’urbanise, ce sont les petites villes qui porteront une part importante de cette transformation. Leur mise à l’écart pourrait avoir des conséquences durables, tant sur la santé publique que sur la résilience climatique.
Il ne s’agit plus seulement de construire des routes et des maisons, mais de repenser entièrement le tissu urbain dans sa relation à l’environnement. Le Ghana, avec ses villes oubliées en pleine mutation, nous met face à cette urgence.
La Rédaction

