Le dernier rapport de la Fondation Mo Ibrahim met en lumière un ralentissement préoccupant des progrès en matière de gouvernance en Afrique. Bien que 33 pays aient enregistré des améliorations, 21 autres, en particulier le Soudan et le Soudan du Sud en proie aux conflits, montrent des signes inquiétants de recul.
Un bilan mitigé pour la gouvernance en Afrique
La gouvernance en Afrique semble stagner, voire régresser dans certains domaines, selon la récente étude de la Fondation Mo Ibrahim. “La situation n’est pas encourageante”, a admis Mo Ibrahim avant la publication du rapport. Ce milliardaire soudano-britannique, devenu une figure de proue pour la promotion de la bonne gouvernance en Afrique après sa réussite dans les télécommunications, a souligné que les avancées du début des années 2000 avaient cédé la place à une décélération préoccupante sur la dernière décennie.
Ce rapport, publié tous les deux ans depuis 2007, offre une vue d’ensemble des enjeux en analysant 322 indicateurs touchant à la qualité des services publics, la justice, la corruption et la sécurité. Si des progrès ont été notés dans 33 pays, représentant plus de la moitié des 1,5 milliard d’habitants du continent, 21 pays affichent des résultats décevants en 2023 par rapport à 2014. Cette tendance négative se reflète dans la dégradation de la sécurité et des droits politiques.
Des progrès importants mais fragiles
Parmi les points positifs, les Seychelles se distinguent en prenant la première place du classement de la Fondation, surpassant l’île Maurice. Le continent a également vu des améliorations en matière d’infrastructures, d’égalité des sexes, de santé et d’éducation. Cependant, ces progrès sont minés par des résultats déclinants dans des domaines cruciaux tels que l’état de droit, les droits civils, la participation politique et la sécurité.
Selon Mo Ibrahim, “le manque de sécurité compromet tous les aspects du développement : qui investira dans des entreprises ou des écoles en pleine zone de conflit ?” Cette réalité met en exergue le cercle vicieux qui empêche l’Afrique de progresser de manière durable.
Instabilité politique et défis financiers
Le Soudan, le Soudan du Sud et l’Éthiopie figurent parmi les nations les plus touchées par les conflits de la dernière décennie. Les récents coups d’État en Afrique de l’Ouest et du Centre témoignent de la fragilité politique persistante dans ces régions. Par ailleurs, Mo Ibrahim observe que les confinements liés à la pandémie et la montée des politiques autoritaires ont renforcé le pouvoir des régimes autocratiques.
La question financière reste également un défi majeur. Le fardeau de la dette et les coûts élevés d’accès aux prêts internationaux placent de nombreux pays africains dans une impasse. “C’est un cercle vicieux,” souligne-t-il. “Sans ressources suffisantes pour développer les infrastructures, la santé ou l’éducation, la situation sécuritaire se détériore.” La Fondation Mo Ibrahim appelle à une réforme des institutions financières internationales pour permettre une croissance plus équitable en Afrique.
L’importance de la jeunesse et des réformes structurelles
Malgré les obstacles, Mo Ibrahim reste optimiste face à la jeune génération africaine, qu’il décrit comme “mieux informée, entreprenante, et déterminée à changer les choses”. Il plaide pour une meilleure éducation technique pour les jeunes et insiste sur la nécessité d’une transformation des institutions financières mondiales afin d’encourager les investissements sur le continent.
Le rapport de la Fondation révèle également une divergence entre les indicateurs officiels et la perception des citoyens africains. Même lorsque certains résultats sont encourageants, une méfiance persiste au sein des populations, traduisant des attentes croissantes et une frustration face à des services publics encore insuffisants.
Une volonté de briser le cercle vicieux
Alors que l’Afrique cherche à relever les défis posés par les conflits, l’instabilité politique et les pressions financières, le chemin vers une meilleure gouvernance demeure semé d’embûches. Les conclusions du rapport de la Fondation Mo Ibrahim incitent à une action concertée pour briser le cycle de la pauvreté et de l’insécurité, en misant sur les jeunes et en réformant les systèmes financiers globaux. Le continent doit investir dans son avenir pour offrir des perspectives d’espoir et de prospérité aux générations futures.
La Rédaction

