Kindia, jadis surnommée “la ville des agrumes” en Guinée, fait face à une crise climatique sans précédent. Sous l’effet des vagues de chaleur extrême et du manque croissant de précipitations, les agriculteurs luttent pour préserver leurs récoltes, tandis que les terres autrefois fertiles s’assèchent inexorablement.
Une agriculture en péril
Le changement climatique se manifeste violemment à Kindia. D’ici 2050, la température moyenne pourrait grimper de 4,8 °C, accompagnée d’une réduction des précipitations estimée à 36,4 %. Ces conditions rendent l’agriculture de plus en plus difficile dans une région autrefois abondante en ressources naturelles.
Aminata Soumah, maraîchère, décrit son combat quotidien contre les effets du climat et les ravageurs : « Les insectes sont devenus un fléau. Ces températures anormales brûlent les jeunes pousses avant qu’elles n’atteignent la maturité. Nous perdons nos récoltes, et ces fruits ne peuvent plus être commercialisés. »
Des terres en souffrance
Dans cette région pourtant surnommée “le château d’eau de l’Afrique de l’Ouest”, les cours d’eau autrefois généreux s’amenuisent. Alhassane Keita, agriculteur, observe impuissant les transformations : « La chaleur devient insupportable, surtout en milieu de journée. Nos graines sont parfois brûlées par le soleil avant de germer. »
Les systèmes d’irrigation, souvent coûteux et énergivores, ne suffisent plus à compenser le manque d’eau. Les agriculteurs, limités par leurs moyens financiers, peinent à s’adapter à ces nouvelles conditions climatiques.
Une production en chute libre
Le cas d’Alseny Soumah, producteur d’ananas, illustre la détresse des cultivateurs. « L’eau est devenue notre principal problème. Regardez nos plants d’ananas, ils meurent sous nos yeux », explique-t-il, désemparé. Les rejets d’ananas, autrefois vendus entre 500 et 1 000 francs l’unité, rapportaient suffisamment pour couvrir les coûts de production. Mais aujourd’hui, les pertes s’accumulent, mettant en péril les moyens de subsistance des familles.
Autrefois prospère, Kindia disposait de nombreuses boutiques où étaient vendus fruits et légumes. Ces étals sont désormais vides, témoignant de la dégradation de la production agricole.
Une ville à l’agonie
L’agriculture, poumon économique de Kindia, est en train de s’effondrer. La ville autrefois verdoyante n’est plus qu’un pâle reflet de ce qu’elle était, victime d’un climat de plus en plus hostile. Les agriculteurs, en première ligne, continuent de lutter, mais leurs efforts se heurtent aux limites imposées par la nature et les ressources disponibles.
À Kindia, l’urgence climatique n’est plus une abstraction : c’est une réalité qui s’écrit dans la souffrance des hommes, des femmes et des terres.
La Rédaction

