Dans la moiteur étouffante des nuits de Kamituga, une cité minière enclavée du Sud-Kivu, l’obscurité s’anime de silhouettes errantes : orpailleurs, commerçants, et travailleuses du sexe se rassemblent dans les recoins sombres de bars improvisés, nourris par l’espoir ou l’oubli. Une danse nocturne se déroule ici, où misère et tentation se côtoient, donnant à cette ville un air de Sodome et Gomorrhe des temps modernes. La richesse de ses sols ne fait qu’attirer davantage de désespoir humain. Pour certains, cette ville est une fatalité.
« Kamituga pousse au vice », confie Bitama Sebuhuni, orpailleur, qui a contracté la mpox lors d’un rapport non protégé. Allongé sur son lit d’hôpital, il se dit victime de la « mentalité du milieu » : « Même si tu arrives ici en tant qu’homme pieux, tu finis par tomber dans les excès comme tout le monde ». Les mines d’or, naguère exploitées par des compagnies belges avant leur abandon dans les années 1990, ont attiré des milliers de creuseurs artisanaux. Aujourd’hui, Kamituga est une cité grouillante, comptant plus de 300 000 âmes, selon les chiffres officiels, et bien plus selon les habitants.
Les rues poussiéreuses sont bordées de bâtisses précaires où se mêlent échoppes d’achat d’or et bars de nuit. Après des journées éreintantes passées dans les entrailles de la terre, la population cherche l’oubli dans la boisson, le sexe et la fête. « L’ambiance chez nous, c’est les femmes, l’alcool et les prostituées », déclare Bitama sans détour.
Quand la débauche devient contagieuse
Dans cet environnement où l’alcool et la chair sont monnaie courante, la transmission de la mpox n’a eu besoin que de quelques semaines pour s’enraciner. Les médecins locaux, les premiers à détecter des lésions cutanées sur des clients réguliers de boîtes de nuit, notamment sur un gérant, ont rapidement compris l’ampleur de la menace. Les bars tels que le tristement célèbre « Mambegeti », fermé depuis, sont devenus les foyers de cette propagation, faisant de Kamituga l’épicentre de l’épidémie en République démocratique du Congo.
Pour la population, la misère rend le risque presque inévitable. « Tu ne réfléchis pas, tu vis au jour le jour », confie Alice, une prostituée contaminée par le virus. Dans son petit cercle, chacune sait qu’elle peut être porteuse, mais la peur de perdre le peu qu’elle gagne les pousse au silence. Les prostituées, désormais stigmatisées, naviguent entre survie et danger. Certaines, comme Alice, originaires de Bukavu, la capitale provinciale, avouent être venues à Kamituga par nécessité, attirées par l’espoir de gains rapides. « Ici, c’est tout ou rien », murmure-t-elle.
L’engrenage de l’exploitation
Au-delà de la propagation du virus, Kamituga est aussi le terrain de jeu de réseaux de proxénétisme sans scrupules. Les jeunes femmes, souvent attirées par la promesse d’un emploi ou d’un avenir meilleur, se retrouvent piégées dans un cycle infernal d’exploitation, où elles doivent « rembourser » les frais de leur transport, plongées malgré elles dans un univers sordide.
Les routes défoncées, qui relient Kamituga à Bukavu, facilitent malgré tout les mouvements de population, permettant au virus de se propager rapidement à travers toute la région du Sud-Kivu. Désormais, cette région, frappée par l’épidémie, semble être le reflet d’une société en déclin, où pauvreté et désespoir mènent à la perdition.
Kamituga, symbole d’une chute annoncée
Dans cette ville minée par les excès et l’exploitation, l’épidémie de mpox semble avoir frappé au cœur de ce que Kamituga représente : une communauté prise dans un engrenage de déchéance. Sodome et Gomorrhe modernes, cette cité est le miroir d’une société où les individus, poussés par la nécessité ou par des choix imprudents, sombrent dans un cycle de péché et de maladie. Le virus n’y est qu’un symptôme d’une réalité plus large : celle d’une population abandonnée à elle-même, dans une région aux promesses d’or mais à l’avenir incertain.
Loin de s’arrêter aux mines d’or, la véritable richesse de Kamituga semble se trouver dans les leçons que cette ville impose à ceux qui l’habitent.
Comment survivre dans un monde où les tentations sont partout, mais les voies de salut presque inexistantes ?
La Rédaction

