Le film documentaire « Dahomey », qui suit la restitution par la France de vingt-six œuvres d’art au Bénin, met en lumière une dynamique croissante en faveur du retour des biens culturels africains à leurs communautés d’origine. Ce processus complexe implique des équipes de recherche internationales et révèle une histoire de pillage et de revendications persistantes.
La statue anthropomorphe du roi Béhanzin, mi-homme mi-requin, attend son retour dans sa terre natale après plus de cent trente ans d’absence. En 2021, la France a restitué cette statue parmi vingt-six autres œuvres au Bénin, marquant un tournant dans les relations entre les anciens colonisateurs et leurs anciennes colonies. Mati Diop, réalisatrice franco-sénégalaise, a couvert cette restitution historique, documentant le voyage des œuvres depuis le musée du quai Branly-Jacques Chirac jusqu’au palais présidentiel de Cotonou.

La restitution des biens culturels africains remonte à la période précédant même la colonisation. Entre 1890 et 1892, lors des conflits entre les troupes françaises et celles du roi Béhanzin, les palais royaux du Dahomey furent incendiés, et de nombreux objets, dont des statues et des portes, furent saisis. Une partie de ces objets a été envoyée au musée d’ethnographie du Trocadéro en 1893, mais beaucoup ont été vendus.
Les revendications de restitution ne sont pas nouvelles. Dès 1880, l’empereur Yohannes IV d’Éthiopie avait exigé le retour de collections volées lors de l’attaque de Maqdala. Malgré ces premiers appels, les restitutions sont restées limitées jusqu’à la fin du XXe siècle. En 1970, l’Unesco a reconnu le droit au retour des biens culturels, et en 1973, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution appelant à une restitution « prompte et gratuite ». Cependant, ces initiatives ont souvent été ignorées par les anciennes puissances coloniales.

En 2017, un discours marquant d’Emmanuel Macron à Ouagadougou a redonné espoir aux partisans de la restitution. Le président français a promis la restitution du patrimoine africain d’ici cinq ans, ce qui a conduit à la commande d’un rapport par Bénédicte Savoy et Felwine Sarr. Leur rapport a suggéré que plusieurs types de biens culturels, tels que les objets pris lors de guerres ou ceux obtenus par des missions ethnologiques, devraient être restitués.
La France a fait un premier pas significatif en 2020 avec la restitution de vingt-six biens au Bénin et d’un bien au Sénégal. Cependant, le processus a été critiqué pour son manque de transparence et pour le fait que les Béninois n’ont pas eu leur mot à dire dans le choix des objets restitués. Les revendications pour le retour d’autres œuvres, comme la statue du dieu Gou, continuent.

Malgré ces avancées, de nombreux défis restent à relever pour établir un principe universel de restitution. Les mentalités évoluent, et des initiatives telles que celle de Claire Bosc-Tiessé, qui a commencé un inventaire des collections africaines en France en 2017, montrent un engagement croissant en faveur de la restitution des biens culturels.
Ce mouvement pour le retour des biens culturels africains est un processus long et complexe, mais il marque un pas important vers la réparation historique et la reconnaissance des injustices passées.
La Rédaction

