À Gnitavéglo, dans la préfecture de Vo, le départ des habitants ne se résume pas à changer de village. Pour cette communauté essentiellement agricole appelée à libérer des terres situées sur des gisements de phosphates carbonatés, la question décisive est désormais celle de l’après : pourra-t-elle retrouver à Assinloin suffisamment de terres pour continuer à produire, se nourrir et préserver son économie locale ?
À une cinquantaine de kilomètres de Lomé, Gnitavéglo vit une transition que les habitants savaient possible depuis longtemps mais qui prend désormais une dimension concrète. L’exploitation projetée des ressources phosphatées de la zone implique la libération des emprises et le déplacement de plusieurs centaines de personnes vers un site de réinstallation.
L’enjeu n’est pourtant pas seulement résidentiel. À Gnitavéglo, la terre constitue à la fois un lieu de vie, un outil de travail et une source directe d’alimentation. Maïs et autres productions agricoles structurent l’économie quotidienne d’une population qui tire une part essentielle de ses revenus et de sa subsistance des champs environnants.
Quitter un village sans perdre son activité
C’est précisément sur ce point que se concentrent les principales inquiétudes. Les habitants ne contestent plus réellement la perspective du départ. Leur préoccupation porte désormais sur les conditions dans lesquelles leur activité agricole pourra se poursuivre à Assinloin.
Des logements ont déjà été aménagés sur le site de réinstallation par la Société nouvelle des phosphates du Togo (SNPT). Mais pour les producteurs, une maison ne peut remplacer une exploitation. La continuité économique du village dépend donc de la mise à disposition effective de parcelles cultivables, dans des superficies et des conditions permettant aux ménages de reprendre leurs activités.
Cette question est centrale dans tout déplacement lié à un projet extractif. L’indemnisation d’un bien ou la reconstruction d’un logement répond à une partie du préjudice matériel. Elle ne garantit pas, à elle seule, la reconstitution des moyens de subsistance. Pour une communauté agricole, la qualité de la réinstallation se mesure aussi à sa capacité à continuer de produire après le déplacement.
À Assinloin, les infrastructures doivent suivre
Les attentes des habitants concernent également les équipements du nouveau site. L’accès à l’eau, les installations sanitaires et l’état de certaines habitations figurent parmi les besoins encore signalés.
Le maire de Vo 3, Elom Yao Kloutsè, assure que les travaux se poursuivent en coordination avec la SNPT. Un forage équipé de bornes-fontaines et deux puits auraient déjà été réalisés. Près de 70 installations sanitaires sont également prévues, dont une première partie est déjà disponible.
L’élu indique par ailleurs que les personnes concernées ont été indemnisées pour l’expropriation et que l’acquisition des nouvelles terres agricoles avance. Selon lui, environ un tiers des superficies recherchées aurait déjà fait l’objet d’un paiement.
Ces assurances déplacent désormais l’attention vers le calendrier d’exécution. Car pour les ménages concernés, la différence entre une promesse de parcelle et une terre effectivement disponible peut déterminer la possibilité de préparer une prochaine campagne agricole.
Préserver aussi les trajectoires familiales
Le moment du déplacement ajoute une autre difficulté. La réinstallation intervient au début d’une nouvelle année scolaire, obligeant certaines familles à réorganiser rapidement la scolarisation de leurs enfants et à identifier les établissements accessibles depuis le nouveau site.
Cette dimension rappelle qu’un déplacement de population ne se limite jamais à transférer des habitations. Il modifie simultanément les distances vers l’école, les points d’eau, les lieux de production, les marchés et les réseaux sociaux construits au fil des générations.
À Gnitavéglo, la question n’est donc plus seulement de savoir quand le village sera déplacé. Le véritable test sera de déterminer si Assinloin permettra aux familles de reconstruire une vie économique et sociale comparable à celle qu’elles laissent derrière elles. Dans une communauté qui vit principalement de l’agriculture, réussir la réinstallation signifie avant tout rendre à la terre sa fonction première : permettre aux habitants de continuer à vivre de leur travail.
La Rédaction
Source : Agridigitale.net

