Rien ne va plus entre Nicolás Maduro et le groupe Rawayana, les ambassadeurs du reggae vénézuélien. Leur crime ? Oser mêler mélodies entraînantes et vérités qui dérangent. Si vous pensiez que jouer de la guitare sous un palmier pouvait être une activité inoffensive, détrompez-vous. Dans une dictature, la musique aussi peut devenir un acte subversif.
Le reggae en mode “ennemi public”
Rawayana, ce groupe qui brasse reggae, salsa, jazz, ska, et un soupçon de rock, a été catapulté au rang d’ennemi musical numéro un du régime après avoir pointé du doigt une “fraude électorale” lors de la réélection de Maduro. Ce qui était censé être une tournée triomphale au Venezuela s’est transformé en un silence forcé. Pressions, intimidations… Bref, une ambiance bien loin des vibrations zen du reggae.
Entre Grammy Awards et régime parano
Jusqu’ici, la success story de Rawayana était digne d’un conte moderne : prix aux Latin Grammy Awards, nomination aux Grammy américains, programmation à Coachella en 2025. Mais voilà, leur récent engagement politique a fait basculer leur récit dans le genre “thriller politique”. Le journal El Pitazo résume bien leur posture : “La réalité les a rattrapés”. En d’autres termes, difficile de se contenter de chanter l’amour quand son pays s’effondre.
“Veneka” : le reggae qui dérange
C’est leur titre Veneka qui a mis le feu aux poudres. Ce morceau, écrit avec le rappeur Akapellah, se réapproprie un terme péjoratif désignant les femmes migrantes vénézuéliennes pour leur redonner leur dignité. Mais visiblement, revaloriser les femmes ne figure pas sur la liste des priorités de Maduro. Le président a qualifié la chanson d’“horrible” et de “méprisante”. Autrement dit, tout ce qu’un dictateur peut dire quand il manque de meilleurs arguments.
De la scène aux coulisses
Le résultat ? Une scène musicale déjà fragile qui se retrouve encore plus malmenée. Mais Rawayana peut compter sur une solidarité artistique. Danny Ocean et d’autres musiciens ont exprimé leur soutien, tandis que le groupe a dû faire ses valises pour un exil forcé. Comme ils l’ont eux-mêmes confié, leur musique n’a jamais eu pour but de diviser. Seulement voilà, dans un pays où les mots peuvent être interprétés comme des armes, même un rythme chaloupé devient un acte de résistance.
Reggae et satire politique
Avec leur style à mi-chemin entre Bob Marley et Jackson Pollock, Rawayana n’est pas qu’un groupe, c’est une piqûre de rappel que l’art ne se contente pas de distraire : il peut aussi dénoncer. Et si Maduro espérait les faire taire, il semble plutôt avoir amplifié leur message sur la scène internationale. Après tout, rien de tel qu’un interdit pour transformer un simple refrain en hymne de liberté.
La Rédaction

