Quatre ans après la dissolution du Parlement par Kaïs Saïed, les Tunisiens sont descendus dans la rue pour dénoncer ce qu’ils considèrent désormais comme une dérive autocratique.
Dans le centre de la capitale, les voix ont résonné avec force sur l’avenue Bourguiba, symbole historique des luttes démocratiques. Brandissant des portraits de prisonniers politiques de tous horizons, les manifestants ont scandé : « Liberté pour tous les détenus politiques ! », « Non à l’absolutisme ! », « Pouvoir au peuple ! ». Une cage symbolique, dressée au cœur du rassemblement, représentait selon eux la mise sous tutelle des libertés citoyennes. À l’intérieur, un homme tenait l’image d’Abdelhamid Jelassi, figure militante emprisonnée, avec ces mots : « De la Tunisie à la Palestine, liberté. »
Une parole populaire marquée par la douleur
Au premier rang des voix en colère, Saida Akremi, épouse de Noureddine Bhiri, ancien ministre et avocat incarcéré, a livré un témoignage poignant :
« Ce jour marque un coup d’État contre la Constitution, contre l’État de droit, contre tout ce que le peuple tunisien a construit. »
Son appel à la libération de « tous les détenus politiques, juges, avocats et citoyens honorables » faisait écho à la dénonciation d’un système jugé arbitraire et sans contrepoids.
Même tonalité chez Samir Dilou, ancien ministre et membre du Front de salut national :
« Ce qui devait être une célébration de la République est devenu un jour d’oppression. Tous les pouvoirs ont été captés par un seul homme. Le pouvoir absolu corrompt absolument. »
Femmes engagées, femmes enfermées
La répression touche aussi de nombreuses figures féminines de la scène politique tunisienne. Hafsia Bourguiba, militante des droits humains, a rappelé que plus d’une quinzaine de femmes sont actuellement détenues pour des raisons politiques :
« On n’aurait jamais imaginé voir des Tunisiennes libres derrière les barreaux. Parmi elles, Abir Moussi, Sonia Dahmani, Sherifa Riyahi, Saida Mosbah, Souar Berkaoui et la journaliste Chadi Al-Haj Mubarak. »
Une contestation sur fond de crise
Cette mobilisation s’inscrit dans un contexte économique alarmant, entre inflation galopante, chômage et chute du pouvoir d’achat. À cela s’ajoute une impopularité croissante du président, alors qu’Amnesty International alerte sur la multiplication des arrestations arbitraires, la restriction des libertés de la presse et l’instrumentalisation des lois pour museler toute forme d’opposition.
Face à une scène politique démantelée et une société civile sous pression, les Tunisiens venus manifester ne réclament pas seulement la libération de leurs représentants, mais la restitution d’une démocratie qu’ils estiment confisquée.
La Rédaction

