Sur les côtes tunisiennes, le passage à la nouvelle année ne se célèbre pas uniquement par des feux d’artifice ou des vœux échangés à minuit. Chaque 1er janvier, une tradition singulière refait surface : le Ghatssa, ce bain rituel dans les eaux froides de la Méditerranée, perpétué comme un geste de rupture symbolique avec l’année écoulée et d’entrée collective dans la suivante.
À l’aube de 2026, des centaines de Tunisiens ont une nouvelle fois défié la fraîcheur hivernale pour honorer ce rendez-vous devenu emblématique. Du nord au sud du pays, des plages de Bizerte à Gabès, en passant par La Marsa, Sousse ou Monastir, la mer s’est transformée en scène de célébration populaire, rassemblant nageurs aguerris et simples amateurs, tous unis par le même rituel.
Une tradition encadrée, loin de l’improvisation
Contrairement à l’image spontanée qu’elle pourrait évoquer, la Ghatssa obéit à des règles strictes. La sécurité prime sur l’exploit. Avant toute immersion, les participants sont soumis à une sélection rigoureuse : certaines pathologies interdisent formellement l’entrée dans l’eau, afin d’éviter tout risque lié au choc thermique.
« La baignade ne se fait jamais brutalement », explique Leila Khmiri, présidente de l’association Life Lovers, engagée dans l’encadrement de l’événement. « Sous la supervision de Jamal Ben Hmeida, nous commençons par des exercices d’échauffement. Le corps est progressivement acclimaté, humidifié lentement, avant que les nageurs ne s’immergent complètement dans l’eau froide. »
Cette préparation minutieuse fait partie intégrante du rituel, à la fois sportif, collectif et symbolique.
Un rite intergénérationnel aux vertus revendiquées
Enfants, femmes et hommes participent côte à côte à cette immersion hivernale, devenue au fil des années un moment de convivialité autant qu’un acte de dépassement de soi. Loin d’être réservée à une élite sportive, la Ghatssa se veut inclusive, festive et intergénérationnelle.
Si la tradition séduit de plus en plus, c’est aussi en raison des bienfaits que ses adeptes lui attribuent. Selon eux, la baignade en eau de mer froide stimulerait le système immunitaire, améliorerait la circulation sanguine et aiderait à prévenir les affections saisonnières. Des croyances largement partagées par les participants, même si la science invite à la prudence et à un encadrement rigoureux.
Entre patrimoine vivant et rituel moderne
À la croisée des pratiques ancestrales et des modes de vie contemporains, le Ghatssa du Nouvel An s’impose aujourd’hui comme un marqueur culturel fort. Plus qu’un simple bain de mer, il incarne une manière tunisienne d’aborder le changement d’année : dans l’effort, la solidarité et le contact direct avec la nature.
Chaque plongée devient alors un geste symbolique, comme pour laisser derrière soi les lourdeurs du passé et accueillir l’avenir avec lucidité, courage et fraîcheur.
La Rédaction

