Officiellement inscrit au réseau des Géoparcs mondiaux de l’Unesco, ce territoire de 6 000 km² ambitionne de faire du tourisme durable un levier de désenclavement et de transformation économique.
Un sanctuaire minéral à la croisée des temps
TATAOUINE — Le Sud tunisien cherche à se réinventer loin de son image de territoire en marge des grands circuits économiques nationaux. Depuis le 23 avril 2026, la région du Dahar bénéficie d’une reconnaissance internationale majeure avec son inscription au réseau des Géoparcs mondiaux de l’Unesco. Ce classement couvre un ensemble montagneux de près de 6 000 km² et consacre un patrimoine naturel et scientifique d’une rare densité. Au-delà de la distinction, c’est une stratégie de repositionnement territorial qui se dessine, portée par l’ambition de faire du tourisme durable un moteur de développement.
Le Dahar se présente comme une formation géologique exceptionnelle où s’entrelacent des strates datant de plusieurs centaines de millions d’années et des traces continues de présence humaine. Les vestiges néolithiques y côtoient un héritage amazigh profondément enraciné, encore visible à travers les architectures traditionnelles, les villages perchés et les systèmes d’adaptation au climat aride. Dans cet environnement contraint, les populations locales ont développé des savoir-faire de survie et d’organisation qui constituent aujourd’hui une part essentielle du patrimoine culturel régional.
Une reconnaissance construite sur un travail scientifique de long terme
L’inscription du Dahar au patrimoine mondial n’est pas le fruit d’un événement isolé mais l’aboutissement d’un long processus de recherche et de structuration scientifique. Les travaux menés depuis plusieurs années par des équipes de géologues, d’universitaires et d’institutions tunisiennes ont permis d’identifier et de documenter une série de géosites d’intérêt majeur, formant un ensemble cohérent à forte valeur patrimoniale.
Cette dynamique s’est appuyée sur des découvertes paléontologiques et sur une meilleure compréhension des formations géologiques du Sud tunisien. Progressivement, un dossier de candidature solide a été construit, répondant aux critères exigeants de l’Unesco en matière de conservation, de valeur scientifique et de gestion territoriale.
Un levier de développement dans une région sous tension sociale
Dans une région marquée par un chômage structurel élevé, notamment chez les jeunes, la labellisation du Dahar est perçue comme une opportunité économique stratégique. L’enjeu dépasse la seule reconnaissance patrimoniale : il s’agit désormais de transformer ce capital naturel en moteur d’activité durable.
Un écosystème touristique alternatif s’est progressivement développé autour de l’hébergement chez l’habitant, des circuits de randonnée et de la valorisation du patrimoine local. Cette approche vise à rompre avec un modèle économique historiquement centré sur le littoral et le tourisme de masse, en favorisant une répartition plus équilibrée des retombées économiques.
Entre espoir de transformation et défis structurels
Malgré les perspectives ouvertes par le classement Unesco, les attentes sociales restent fortes. Les infrastructures, encore insuffisantes dans plusieurs zones du Dahar, conditionneront la capacité du territoire à absorber une augmentation du flux touristique et à en tirer des bénéfices durables.
Le défi est désormais double : préserver un environnement fragile tout en évitant que la valorisation du territoire ne se traduise par une simple mise en scène touristique déconnectée des réalités locales. Entre ambitions de développement et contraintes structurelles, le Dahar entre dans une phase décisive de son évolution contemporaine, où le patrimoine devient un instrument de projection économique et territoriale.
La Rédaction

