C’est une trêve aussi inattendue que spectaculaire. Le président Donald Trump a annoncé, mercredi 9 avril, la suspension pour 90 jours des droits de douane dits “réciproques”, entrés en vigueur le matin même contre plusieurs dizaines de pays. Une décision qui a immédiatement déclenché une flambée historique à Wall Street, tout en maintenant la pression maximale sur Pékin, visé dans le même temps par une surtaxe douanière portée à 125 %.
Une pause mondiale, sauf pour la Chine
Ce répit temporaire concerne plus de 75 pays, dont les principaux partenaires économiques des États-Unis. Ces pays, visés par les nouvelles taxes instaurées lors du “Liberation Day”, bénéficieront d’une réduction immédiate des droits à 10 %, au lieu des 25 % initialement prévus. Pour Trump, cette décision vise à « donner une chance à la négociation » tout en « préservant les intérêts américains ». Le président affirme que cette suspension s’appuie sur « la volonté exprimée par la majorité des pays de discuter de manière constructive ».
Mais cette détente exclut la Chine. « Du fait du manque de respect de la Chine à l’égard des marchés mondiaux », a martelé Trump, « j’augmente les droits de douane sur la Chine à 125 %, avec effet immédiat ». Une mesure qui ravive le bras de fer sino-américain engagé depuis son premier mandat.
Wall Street bondit, les marchés saluent la désescalade
La réaction des marchés a été immédiate. Le Dow Jones a bondi de 6 %, soit plus de 2 200 points en une journée — sa plus forte progression depuis la crise du Covid. Le S&P 500 a gagné 7,8 %, et le Nasdaq a flirté avec une envolée de 9 %. Cette poussée reflète un soulagement : la suspension des surtaxes douanières éloigne, pour l’instant, le spectre d’un isolement commercial global.
Si les bourses européennes et asiatiques ont affiché plus de retenue, c’est en raison des représailles chinoises, elles aussi immédiates : Pékin a annoncé en riposte une hausse à 84 % de ses propres droits sur les importations américaines.
Un coup tactique, mais risqué
En apparence, Trump lâche du lest. En réalité, il redessine les lignes du rapport de force. En distinguant ses partenaires de la Chine, il cherche à fracturer le front commercial global qui s’était formé contre lui. La manœuvre est habile mais périlleuse. Elle peut séduire certains alliés tout en attisant davantage la confrontation avec Pékin, dont les contre-mesures risquent d’alourdir l’incertitude économique mondiale.
À moins de sept mois de l’élection présidentielle, Trump joue une carte politique autant qu’économique. Une carte qui, pour l’instant, fait jubiler les marchés — sans dissiper l’ombre d’une guerre commerciale plus brutale à venir.
La Rédaction

