L’Union économique et monétaire ouest-africaine engage une refonte structurelle de son modèle agricole. À travers une feuille de route adossée à une enveloppe historique, l’organisation communautaire ambitionne de briser les dépendances importatrices de la région en se focalisant sur trois filières névralgiques.
Le pari de la souveraineté : trois filières pour un choc de productivité
Face aux chocs exogènes répétés et à la volatilité des marchés mondiaux, la Commission de l’UEMOA change de paradigme. L’institution sous-régionale s’apprête à déployer un plan d’investissement massif de 6 000 milliards de francs CFA (environ 9,1 milliards d’euros) s’étalant sur les quinze prochaines années. Ce programme à long terme ne vise pas seulement l’autosuffisance, mais l’émergence d’un véritable complexe agro-industriel intégré à l’échelle des huit États membres.
Pour maximiser l’impact de cette injection de capital, la stratégie communautaire concentre ses efforts sur trois secteurs hautement stratégiques : les engrais phosphatés, essentiels pour restaurer la fertilité des sols ouest-africains et réduire la dépendance aux importations d’intrants ; la filière rizicole, au cœur des enjeux de sécurité alimentaire et fortement exposée aux fluctuations des marchés internationaux ; et enfin le complexe coton-textile, pilier historique de l’économie régionale, confronté au défi majeur de la transformation locale de la matière première.
L’axe Bamako-UEMOA : validation politique d’un livre blanc structurant
La déclinaison opérationnelle de cette ambition a franchi une étape importante le 1er juin 2026 à Bamako. Une mission de haut niveau de la Commission de l’UEMOA, conduite par le Dr Paul Koffi Koffi, commissaire en charge du Développement de l’Entreprise, des Mines, de l’Énergie et de l’Économie numérique, a tenu une séance de travail avec le ministre malien de l’Agriculture, le Dr Ibrahima Samaké.
Les discussions ont porté sur les orientations du livre blanc de l’Union, document stratégique destiné à harmoniser et coordonner les politiques agricoles des États membres à l’horizon 2040. Le Mali, acteur agricole majeur de la sous-région et principal producteur de coton de la zone, occupe une position centrale dans la mise en œuvre de ce dispositif régional.
Du champ à l’usine : le défi de l’intégration économique régionale
À l’issue des échanges, les autorités maliennes ont exprimé leur adhésion à cette feuille de route, perçue comme un levier structurant pour repositionner l’agriculture au cœur des stratégies de développement économique régional.
L’approche portée par l’UEMOA marque une évolution conceptuelle majeure : l’agriculture n’est plus seulement envisagée comme un secteur de production primaire, mais comme un moteur d’industrialisation et de création de valeur ajoutée.
En encourageant le développement d’unités locales de transformation — rizeries, filatures de coton, unités de production d’engrais —, l’organisation régionale cherche à renforcer l’intégration économique et à réduire la dépendance extérieure. L’enjeu est également macroéconomique, avec une volonté de consolider les échanges intra-communautaires et de limiter l’exposition aux chocs des devises internationales.
La réussite de ce plan dépendra toutefois de la capacité des États membres à mobiliser les financements annoncés, notamment à travers des partenariats public-privé structurés à l’échelle régionale.
La Rédaction
Source : Commission de l’UEMOA / Ministère de l’Agriculture du Mali — comptes rendus des consultations de Bamako (juin 2026)

