Ce 17 janvier 2026 marque un tournant historique pour la planète bleue. Le Traité de l’ONU sur la haute mer, officiellement appelé Accord sur la biodiversité au-delà de la juridiction nationale (BBNJ), est entré en vigueur. Pour la première fois, un cadre juridiquement contraignant permet de protéger la biodiversité marine dans les eaux internationales, qui couvrent près de deux tiers de l’océan mondial.
Longtemps considérée comme une zone de non-droit écologique, la haute mer devient désormais un espace gouverné, surveillé et protégé. Cette avancée majeure intervient dans un contexte d’urgence climatique, de surexploitation des ressources et d’effondrement silencieux des écosystèmes marins.
La haute mer, un géant longtemps sans règles
La haute mer commence là où s’arrêtent les zones économiques exclusives des États, à plus de 200 milles nautiques des côtes. Elle représente la majorité de l’espace océanique mondial, mais jusqu’ici, elle ne disposait pas d’un véritable système de protection environnementale global.
Pêche industrielle, exploitation minière des fonds marins, bioprospection génétique, trafic maritime intensif : ces activités se sont développées plus vite que les règles capables de les encadrer. Résultat : pollution, destruction d’habitats profonds, disparition d’espèces et déséquilibres biologiques majeurs.
Le traité BBNJ vient précisément combler ce vide juridique laissé par la Convention de l’ONU sur le droit de la mer.
Un accord historique après vingt ans de négociations
Adopté en 2023 après près de deux décennies de discussions diplomatiques, le traité est devenu effectif après la ratification du 60ᵉ État, seuil nécessaire pour son entrée en vigueur. En janvier 2026, plus de 80 pays l’ont rejoint, même si certaines puissances, comme les États-Unis, l’ont signé sans encore le ratifier.
Cette entrée en vigueur transforme un texte politique en outil juridique opérationnel, capable d’imposer des règles, des contrôles et des sanctions dans les zones internationales.
Ce que change concrètement le traité BBNJ
Le Traité de l’ONU sur la haute mer repose sur quatre piliers essentiels.
D’abord, il permet la création d’aires marines protégées en haute mer. Jusqu’ici, il était presque impossible de sanctuariser légalement des espaces écologiques loin des côtes. Désormais, des zones entières pourront être classées, surveillées et interdites à certaines activités destructrices.
Ensuite, il impose des évaluations d’impact environnemental obligatoires avant toute activité industrielle susceptible d’affecter les écosystèmes marins profonds, qu’il s’agisse d’extraction minière, de pêche intensive ou de biotechnologie.
Troisièmement, le traité encadre l’usage des ressources génétiques marines. Les organismes vivants de la haute mer intéressent fortement la recherche pharmaceutique et industrielle. Le BBNJ prévoit un partage plus équitable des bénéfices issus de ces ressources, notamment avec les pays en développement.
Enfin, il renforce la coopération scientifique et le transfert de technologies, afin que la protection des océans ne soit pas réservée aux seules grandes puissances maritimes.
Une gouvernance mondiale de l’océan en construction
L’entrée en vigueur n’est qu’un début. Une première Conférence des Parties (COP) doit se tenir dans l’année afin de définir les règles pratiques : financement, mécanismes de contrôle, procédures de désignation des zones protégées et modalités de surveillance.
Le principal défi reste l’application réelle. Surveiller des millions de kilomètres carrés d’océan suppose des moyens technologiques, des satellites, des inspections maritimes et une coopération internationale constante. Sans volonté politique, le traité pourrait rester symbolique.
Mais s’il est correctement mis en œuvre, le BBNJ peut devenir l’un des instruments majeurs de la protection planétaire, au même titre que les accords climatiques.
Pourquoi ce traité est crucial pour l’avenir
Les océans absorbent plus de 25 % du CO₂ mondial et produisent plus de la moitié de l’oxygène que nous respirons. Protéger la haute mer, ce n’est pas seulement sauver des poissons ou des coraux profonds, c’est stabiliser le climat, préserver les chaînes alimentaires et sécuriser l’avenir économique de millions de personnes dépendantes de la mer.
Le Traité de l’ONU sur la haute mer marque ainsi un changement de paradigme : l’océan n’est plus un espace libre d’exploitation, mais un bien commun mondial à préserver collectivement.
La Rédaction

