Le Togo s’apprête à accueillir un projet structurant avec l’implantation prochaine d’une usine de production de serviettes hygiéniques réutilisables à Sokodé, une ville stratégique située au centre du pays. Portée par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), cette initiative vise à répondre aux enjeux sanitaires, économiques et environnementaux, tout en renforçant l’autonomie des femmes.
Un contexte marqué par des initiatives locales préexistantes
Avant cette annonce, plusieurs acteurs locaux avaient déjà cherché des solutions face à la précarité menstruelle. Parmi eux, Elsa M’béna Ba s’est illustrée dès 2020 avec sa marque Yannis-Lotiyé, proposant des serviettes réutilisables fabriquées à partir de matériaux durables. Malgré son impact, son initiative reste insuffisante face aux besoins persistants : accès inégal aux protections, coût élevé des produits jetables et poids des tabous socioculturels. Ce constat souligne l’urgence d’une réponse plus large, alliant innovation industrielle et sensibilisation communautaire.
Un levier économique et social prometteur
Présenté officiellement à la ministre de l’Action sociale, Kossiwa Zinsou-Klassou, par une délégation de la CEDEAO, le projet de l’usine de Sokodé se veut un catalyseur de développement. Au-delà de la production, il prévoit la création d’emplois directs (fabrication, gestion) et indirects (distribution, logistique), avec une priorité donnée aux femmes et aux jeunes, populations souvent les plus touchées par le chômage. Cette approche inclusive s’inscrit dans la Vision 2050 de la CEDEAO, qui mise sur l’égalité de genre et l’autonomisation économique pour favoriser un développement durable.
Un double enjeu : urgence environnementale et santé publique
L’impact écologique du projet est tout aussi crucial. Les serviettes hygiéniques jetables, majoritairement composées de plastique, constituent jusqu’à 90 % des déchets menstruels dans certaines régions et mettent plusieurs siècles à se dégrader. En proposant une alternative réutilisable – pouvant durer jusqu’à cinq ans –, l’usine contribuera à réduire la pollution et à soulager des systèmes de gestion des déchets souvent saturés. Par ailleurs, un meilleur accès à des protections saines et abordables réduira les risques d’infections génitales, fréquentes chez les femmes contraintes d’utiliser des substituts précaires (tissus usagés, papier journal).
Un financement collaboratif et une ambition régionale
Financé par l’Organisation ouest-africaine de la santé (OOAS), avec l’appui de partenaires publics et privés, ce projet illustre une coopération multisectorielle. Pour la CEDEAO, il s’agit d’un véritable « laboratoire d’idées » : si l’expérience togolaise s’avère concluante, le modèle pourrait être répliqué dans d’autres États membres. « Ce projet pilote au Togo est une étape clé pour valider des solutions adaptées à nos réalités socio-économiques », a souligné Barros Bacar Banjai, représentant de l’organisation, lors des discussions avec les autorités.
Sokodé, un choix stratégique et symbolique
Le choix de Sokodé, carrefour économique et culturel, ne doit rien au hasard. Située sur un axe routier majeur, la ville facilitera la distribution des produits à l’échelle nationale et régionale. De plus, son implantation en zone semi-urbaine pourrait jouer un rôle clé dans la sensibilisation des communautés rurales aux enjeux de l’hygiène menstruelle.
Un changement de paradigme en perspective
Au-delà de la production, le projet devrait inclure des campagnes d’éducation en partenariat avec des ONG locales pour déconstruire les stéréotypes entourant les menstruations. Une telle approche globale pourrait positionner le Togo comme un modèle en Afrique de l’Ouest, où, selon l’UNICEF, une femme sur deux n’a toujours pas accès à des protections hygiéniques sûres.
En somme, cette usine illustre une convergence rare entre innovation sociale, responsabilité environnementale et développement inclusif. Elle marque une avancée décisive dans les politiques publiques africaines, qui évoluent d’une logique d’urgence humanitaire vers un investissement durable.
La Rédaction

