Le Togo s’apprête à repenser sa politique fiscale, notamment en ce qui concerne les exonérations de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Alors que le Fonds monétaire international (FMI) recommande de les réduire pour augmenter les recettes de l’État, le gouvernement togolais adopte une approche mesurée afin de limiter les répercussions sur l’économie et le pouvoir d’achat des citoyens.
Une recommandation du FMI sous le feu des projecteurs
Dans son dernier rapport, le FMI insiste sur la nécessité pour le Togo d’optimiser son système fiscal afin d’accroître ses ressources budgétaires. Parmi les pistes avancées figurent une réduction des exonérations de TVA, un élargissement de l’assiette de l’impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP) et une harmonisation avec l’impôt minimum mondial pour certaines entreprises.
Selon l’institution, les exonérations de TVA ont représenté un manque à gagner de 60,8 milliards de FCFA en 2023, soit 2,6 % du PIB et plus de 17 % des recettes fiscales. Un montant considérable qui pourrait financer des projets de développement.
Toutefois, le gouvernement togolais privilégie une transition progressive. Une suppression brutale des exonérations risquerait de fragiliser certains secteurs économiques et d’alourdir le coût de la vie. Une analyse détaillée est prévue d’ici juin 2025, afin d’identifier les exonérations réellement bénéfiques aux populations vulnérables et celles profitant davantage aux entreprises ou aux ménages aisés.
Un équilibre à trouver entre justice sociale et efficacité économique
Les autorités togolaises veulent distinguer les mesures fiscales dites progressives, qui soutiennent les ménages à faibles revenus, des mesures régressives, qui profitent essentiellement aux catégories les plus aisées ou à certains secteurs privilégiés. Cette distinction est essentielle, car toute modification pourrait entraîner une hausse des prix sur certains biens et services.
Face à ces enjeux, le FMI propose une alternative : mettre en place des transferts monétaires cibléspour compenser les effets négatifs sur les populations vulnérables. Une approche qui permettrait de préserver un filet de sécurité sociale tout en consolidant les finances publiques.
Le gouvernement travaille actuellement sur une stratégie de mobilisation des recettes à moyen terme (SMRMT), qui pourrait intégrer ces mécanismes. Par ailleurs, un système d’identification biométrique est en cours de développement pour améliorer le ciblage des aides sociales et éviter les doubles allocations. D’ici fin 2025, la moitié de la population et plus de la moitié des ménages pauvres devraient être enregistrés.
Les défis d’une réforme fiscale ambitieuse
La réforme des exonérations de TVA suscite des débats. D’un côté, certains estiment qu’elles sont essentielles pour protéger le pouvoir d’achat des plus fragiles. De l’autre, des voix s’élèvent pour dénoncer leur impact négatif sur les finances publiques, réduisant la capacité de l’État à investir dans les infrastructures et les services essentiels.
Autre sujet sensible : les régimes fiscaux spéciaux. S’ils attirent les investisseurs étrangers, ils entraînent aussi des pertes de recettes. Le FMI suggère que ces entreprises bénéficiaires soient progressivement orientées vers des zones économiques spéciales, où elles pourraient conserver des avantages fiscaux tout en contribuant au développement local.
Un pari risqué, mais nécessaire
La réforme fiscale envisagée par le Togo est un exercice d’équilibriste entre justice sociale, attractivité économique et viabilité budgétaire. Le gouvernement devra avancer avec prudence pour éviter des effets indésirables, tout en veillant à ce que les mesures prises renforcent durablement les finances publiques.
D’ici 2026, date de finalisation de la stratégie, les décisions qui seront prises joueront un rôle clé dans l’avenir économique et social du pays.
La Rédaction

